Alors que le groupe PEAK6, porté par Jennyfer Just et Matt Hulsizer, est devenu l’actionnaire majoritaire de l’AS Monaco Football Féminin, le président du club, André-Pierre Couffet, s’est confié. Extraits.

Dans les salons d’un hôtel niché à deux pas du stade Louis II, le président de l’AS Monaco Football Féminin, accompagné du responsable du développement, Thomas Martini, nous a reçu pour évoquer les nouvelles ambitions de son club, qui s’apprête à entrer dans une nouvelle dimension. Les prochaines saisons s’annoncent en effet passionnantes du côté de l’ASM FF. 

À quand remonte les premiers contacts avec les représentants de PEAK 6 ?

Nous avons entamé les discussions en 2020. En septembre plus exactement. Cette nouvelle n’est pas tombée du ciel, nous avons eu de longues négociations avant. Il faut savoir que les Américains ont un pouvoir financier important, mais qu’ils veulent surtout des projets concrets. Nous leur avons expliqué notre stratégie, que l’on met en place depuis 2015 avec l’arrivée de Thomas Martini (responsable du développement du club). Ils l’ont validé rapidement en nous accordant leur confiance.

Pourquoi PEAK 6 s’est intéressé à l’AS Monaco FF ?

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Ils souhaitaient s’implanter à Monaco. Jérôme de Bontin (homme d’affaires franco-américain, président de l’AS Monaco en 2008-2009) nous a permis de faire le lien entre Monaco et les États-Unis. Il faut aussi savoir que PEAK 6 est engagé dans la lutte pour l’égalité hommes/femmes et qu’ils veulent profiter de l’attractivité du football féminin pour mener ce combat.

Pour le symbole, jouer à Monaco et au stade Louis II est forcément un plus

Vous n’aviez jamais été contacté par les propriétaires de l’AS Monaco ?

Quand Nicolas Holveck (aujourd’hui président exécutif du Stade Rennais) est arrivé à l’AS Monaco, en 2014, en provenance de l’AS Nancy-Lorraine, il souhaitait refaire comme à Nancy, en créant une section féminine. Mais Vadim Vasilyev et Dmitri Rybolovlev n’ont jamais voulu investir avec nous. Ils nous disaient que nous n’avions pas d’infrastructures. Mais ce que l’on voulait, c’était simplement une petite aide financière. On aurait même laissé le « bébé » une fois en D2 ou en D1. Cela aurait été la section féminine de l’AS Monaco. Ce ne sera plus jamais le cas à présent.

Comment avez-vous traversé ces deux dernières années tronquées par la pandémie ?

(Il souffle) Ces deux dernières saisons ont été catastrophiques. Nous aurions pu monter cette année, mais le championnat a été arrêté. La bonne nouvelle, c’est que nous savons désormais où nous allons. Avec PEAK 6, nous gagnons dix ans dans notre stratégie. Les investisseurs sont là dans la durée. Nous avons une convention de dix ans. L’argent est là, il faut maintenant que nous apportons les garanties. Nous savons très bien que le football féminin n’est pas rentable aujourd’hui. Mais les grands championnats européens se professionnalisent. On le voit avec l’Angleterre, l’Espagne la saison prochaine et bientôt l’Italie.

Les infrastructures est-il le plus gros chantier à venir ?

On doit se préparer, c’est sûr. Nous sommes actuellement dans les bureaux de l’AS Monaco omnisport, au Louis II, qui abritent les 45 sections sportives. Nous disposons pour l’instant de trois terrains. Le stade Didier Deschamps, à Cap d’Ail, le stade des Moneghetti, à Beausoleil, et le stade Joseph Merceron Vicat, à Blausasc. Ce dernier est d’ailleurs homologué pour jouer en D2 si nous apportons quelques modifications, notamment au niveau des vestiaires. Mais si nous venions à monter en D1 rapidement, il faudrait trouver une solution. Avec PEAK 6, il est question de trouver un terrain pour construire un stade, un centre d’entraînement et un centre de formation.

Et le Louis II ?   

Nous avons aussi cette possibilité. Pour le symbole, jouer à Monaco et au stade Louis II est forcément un plus. Comme l’AS Monaco, nous pourrions avoir un centre d’entraînement dans une ville voisine, et disputer nos matchs au Louis II. Nous avons en tout cas les accords pour le faire. Les instances nationales devraient à ce moment-là trouver une concordance dans les calendriers entre l’AS Monaco et l’AS Monaco FF.  

Nous voulons être la place forte du football féminin en PACA dans les années à venir

Où en est le recrutement pour la saison prochaine ?  

Le recrutement est pratiquement terminé. Nous avions anticipé ce travail avec le nouveau budget. Mais il faut savoir qu’au niveau régional, nous ne pouvons pas compter sur plus de six joueuses mutées. Ce n’est pas comme en D2 ou en D1 où nous pouvons recruter autant de joueuses que nous le souhaitons. Nous allons donc nous appuyer sur un noyau dur, avec notamment les renforts de trois joueuses américaines. On nous a demandé d’avoir deux Américaines (finalement trois) de l’académie Rush Soccer. On se laisse également la possibilité de recruter encore une ou deux joueuses. Depuis l’annonce de l’arrivée de PEAK 6, on commence à nous solliciter énormément.

Quels seront les autres axes de développement à court terme ?

Nous allons essentiellement nous structurer administrativement, au niveau du secrétariat, marketing, communication… Sportivement, nous sommes déjà prêts. Nous comptons 150 licenciées et nous avons décroché le label « école féminine de football » or, nécessaire pour monter en première division.

L’ambition, c’est d’atteindre la D1 Arkema dans les cinq ans à venir ?

(Sourire) Dans les cinq ans ? Dans les deux ans vous voulez dire. C’est l’objectif qu’on nous a fixé.

Il faudrait donc pour cela obtenir deux montées consécutives. Un élargissement de la D1 Arkema à quatorze équipes pourrait vous y aider.  

Jean-Michel Aulas (président de l’Olympique Lyonnais) devait porter ce projet, mais cela ne s’est finalement pas fait. En tout cas pas pour l’instant. L’élargissement devrait voir le jour, c’est certain, mais pas avant deux, trois ans. J’espère que l’on aura passé le cap de la D1 Arkema d’ici là.

Les projets de l’Olympique de Marseille et de l’OGC Nice n’ont jamais réellement décollé. L’occasion n’a jamais été aussi belle pour se muer en locomotive du football féminin dans la région…

L’avantage que nous avons, c’est que nous sommes une entité totalement féminine, contrairement à la grande majorité des autres équipes, qui ont une équipe féminine en plus de leur équipe masculine. Tout l’investissement sera donc concentré sur l’équipe féminine. Il n’y aura pas de coupure budgétaire, comme on peut le voir dans certains clubs, notamment à Montpellier, qui jouait les premiers rôles en première division et qui a plus de difficultés à présent. Si l’on prend l’exemple de l’Olympique de Marseille, nous avons vu qu’il n’y avait aucune volonté d’investir pour rester en D1 Arkema. De notre côté, nous voulons être la place forte du football féminin en PACA dans les années à venir, ce que n’arrive pas à faire l’OGC Nice, en signant des partenariats avec les autres clubs de la région.