Le Port Hercule s’est animé ce lundi pour célébrer les 100 ans de cartographie des fonds marins et de surveillance des eaux du monde. L’Organisation hydrographique internationale (OHI) a organisé ce centenaire à l’occasion de la Journée mondiale de l’hydrographie, en présence du Prince Albert II.

Alors qu’une grande partie des fonds marins restent un mystère, nos vies sont étroitement liées aux activités sous-marines. D’où le rôle important des hydrographes qui permettent de prévoir des tsunamis, de créer des routes de navigation pour le commerce mondial ou même d’éliminer les mines marines. Savez-vous que l’on en sait plus sur la surface de la lune que sur le fond des océans ?

Dans le but d’en savoir plus sur les fonds marins, l’OHI a réuni 94 pays pour partager ses ressources mais surtout pour créer, ensemble, une base de données numérique mondiale afin de cartographier le fond des océans. C’est en 1921 qu’a commencé cette aventure, à une période où « la moitié du monde était ennemie. » Par cette collaboration, le secrétaire général de l’OHI, le Dr Mathias Jonas, a décrit comment le monde a réussi à mettre de côté ses animosités pour la santé de notre planète. Aujourd’hui, la même question reste au cœur de l’organisation : « Que pouvons-nous faire ensemble que nous ne pouvons pas faire séparément ? »

Collaborer pour « faire la paix avec la nature »

Depuis la terrasse surplombant le port, l’envoyé spécial des Nations unies pour l’ambassadeur de l’océan, Peter Thomson s’est adressé à une quarantaine de participants, ainsi qu’aux téléspectateurs internationaux présents sur le live stream de YouTube. Il a rappelé que « la santé de notre océan est en déclin. » Alors que la pollution et le réchauffement climatique s’aggravent, les espèces marines sont confrontées à de nouvelles menaces. Ce n’est qu’une fois atteint les 17 objectifs de développement durable fixés par les Nations unies que nous pourrons « faire la paix avec la nature. »

Toutefois, grâce à l’OHI et à l’accent mis sur la coopération mondiale, tout espoir n’est pas perdu. Pour mieux comprendre les fonds marins, il faut apprendre à mieux protéger les espèces qui y vivent. C’est pour cela que l’OHI ne travaille pas seulement avec les gouvernements du monde entier. Des partenaires industriels et des scientifiques développent des dispositifs d’exploration des océans à la pointe du progrès.

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© Organisation hydrographique internationale

Des nouvelles technologies pour cartographier le monde sous-marin

Il est difficile d’imaginer des voitures sans conducteur, alors que si l’on met sa tête sous l’eau, on pourra découvrir que cette vision digne d’un film de science-fiction est possible dans l’univers marin. Les scientifiques utilisent déjà des appareils sans pilote pour mieux comprendre ce qui se trouve dans le grand bleu.

Pour en citer quelques-uns, ECA Group et ixblue sont deux des partenaires industriels de l’OHI qui utilisent justement ces véhicules sous-marins autonomes (AUV) pour aider à la construction numérique de l’océan. Un de ces dispositifs a justement été présenté sur le quai lors de l’événement de lundi. L’AUV A18-M est un drone jaune vif de 600 kilos qui utilise des capteurs pour cartographier les montagnes et les crêtes océaniques, mais aussi pour prendre des photos des fonds marins et pour détecter les mines marines. Une fois collectées, ces données peuvent ensuite être utilisées pour aider à la construction de structures offshores, telles que des plateformes pétrolières.

Selon un représentant d’ECA Group, cet appareil est capable d’atteindre des profondeurs de 3 000 m et est « super silencieux » pour ne pas perturber la faune marine. De plus, il est doté d’une « intelligence artificielle qui lui permet de reconnaître les obstacles, tels que les gros rochers, et de s’en écarter. »

© Organisation hydrographique internationale

Une carte des fonds marins d’ici 2030

Pour célébrer l’entrée dans la Décennie des Nations unies pour l’océanographie au service du développement durable (2021-2030), les hydrographes ont une énorme ambition : cartographier 100 % des fonds marins d’ici 2030. Les scientifiques ont lancé le projet Seabed 2030 et doivent non seulement relever le défi de collecter toutes ces données, mais ils font également face à la difficulté de les rendre faciles à utiliser et accessibles en temps réel à n’importe quel navigateur en mer.

Toujours dans le cadre de cette nouvelle décennie, le navire italien Amerigo Vespucci, utilisé pour former les cadets de l’Académie navale de Livourne, a accosté au Port Hercule pour les célébrations du centenaire. Le mardi 23 juin, une cérémonie officielle a eu lieu pour déclarer le navire comme ambassadeur de la décennie de l’océan. Avec ses détails dorés sur la coque et les drapeaux du monde qui ornent les mâts, l’officier de quart, le lieutenant Frederico Messini, a décrit le navire de 90 ans comme un « beau navire » capable d’atteindre « 13 à 14 nœuds avec du vent. »

Les célébrations se sont terminées par un webinaire auquel ont participé près de 200 personnes venues de pays éloignés comme la Chine et le Brésil. Une participation qui témoigne de l’ambition de l’OHI de connecter le monde pour sauver nos océans. Geneviève Béchard, hydrographe nationale du Canada et présidente du conseil de l’OHI, et Peter Heffernan, ambassadeur de l’océan, figuraient parmi les orateurs invités à discuter de l’avenir de l’hydrographie et de l’utilisation des données océaniques.

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