À l’approche du salon CleanEquity Monaco de cette année, nous nous sommes entretenus avec son cofondateur, Mungo Park, et Andrew Jack, associé du cabinet d’avocats Covington & Burling, pour vous donner l’avis d’experts sur la manière de se lancer dans le secteur.

Du 22 au 23 juillet, Monaco accueillera la 14e édition de CleanEquity, une conférence privée visant à mettre en relation les technologies durables émergentes avec un public mondial d’investisseurs stratégiques, financiers, souverains, d’entreprises et de familles, de décideurs clés du secteur, de responsables gouvernementaux, d’universitaires et de médias professionnels internationaux.

Chaque année depuis 2008, jusqu’à 30 entreprises présélectionnées sont invitées à Monaco pour présenter leurs technologies et leurs idées dans le but d’obtenir des investissements, d’établir de nouveaux partenariats et de nouvelles collaborations ainsi qu’accroître leur visibilité internationale. Au fil des ans, plus de 350 entreprises issues de CleanEquity ont levé au moins deux milliards de dollars. 

Pour aller de l’avant, une start-up a besoin de conseils d’experts dans toutes les disciplines nécessaires.

Néanmoins, le chemin menant la jeune entreprise à une société valant des millions peut être long et ardu. La question clé est donc la suivante : comment les entreprises présélectionnées par CleanEquity se lancent-elles ? Selon les vétérans du secteur, voici ce qui fait fonctionner une entreprise émergente.

1. Une bonne dose d’expertise

« Pour aller de l’avant, une start-up a besoin de conseils d’experts dans toutes les disciplines nécessaires. », souligne Mungo Park, président d’Innovator Capital et cofondateur de CleanEquity. Dans le domaine des technologies propres, il n’y a pas beaucoup de solutions : le fondateur sera très probablement un scientifique. « Après tout, l’idée doit bien venir de quelque part ».

Toutefois, les connaissances scientifiques ne sont pas la seule clé du succès. Les connaissances en matière d’entreprise et de finances, explique Mungo Park, ainsi qu’une bonne équipe juridique, sont fondamentales pour la réussite d’une entreprise émergente (voir point cinq). 

« Il n’est même pas nécessaire d’appeler cela l’équilibre des genres. Je parlerais plutôt de représentation du monde »

2. Une équipe équilibrée

Pour les deux experts, une bonne équipe représente la diversité. L’équilibre entre les genres en est un aspect.  « Il n’est même pas nécessaire d’appeler cela l’équilibre des genres. Je parlerais plutôt d’une représentation du monde », déclare Mungo Park. « Elle doit être répartie dans toute la structure, et pas seulement au sein du conseil d’administration et de l’équipe de direction. »

Pour Andrew Jack, de Covington & Burlington, la diversité signifie un large éventail d’expériences au sein de l’entreprise. « Les entreprises émergentes bénéficient généralement de conseils d’administration qui apportent une expertise diversifiée, une expérience de l’industrie et de la commercialisation, une maîtrise technologique, un jugement éclairé et une vision à long terme. »

Lorsque l’entreprise se développe, la question de la répartition des investisseurs doit également être prise en compte. « Les conseils d’administration composés de membres qui équilibrent les intérêts des investisseurs clés qui ont un engagement commun avec la stratégie de l’entreprise et ses objectifs déclarés, plutôt que des conseils dominés par l’objectif d’une seule partie prenante, auront tendance à aller dans la meilleure direction pour l’entreprise », souligne Andrew Jack.

Si vous avez un produit pouvant être utilisé qu’à Monaco, il sera difficile de trouver un financement et vous devrez généralement vous tourner vers les organisations à but non lucratif pour obtenir de l’aide.

3. Un produit convaincant 

Selon Mungo Park, les facteurs qui rendent un produit convaincant sont plutôt simples. « Le produit doit fonctionner, et il doit être protégé par un savoir-faire, des secrets commerciaux ou des brevets », explique-t-il. Le produit doit également être nécessaire, ce qui est crucial pour obtenir un financement. « Si vous avez un produit pouvant être utilisé qu’à Monaco, il sera difficile de trouver un financement et vous devrez généralement vous tourner vers les organisations à but non lucratif pour obtenir de l’aide. Les investisseurs rechercheront un produit pouvant être utilisé à l’échelle mondiale, dans les pays développés comme dans les pays en développement. »

Il y a aussi la question du prix du produit, qui doit être déterminé avant que les investisseurs ne viennent. « Il faut absolument avoir un business plan avant que les investisseurs ne signent avec vous ; et si vous fixez un prix raisonnable pour un produit, vous le commercialiserez plus rapidement. »

Le financement est le facteur de réussite le plus important car il permet tout le reste

Lorsque nous demandons ce qui fait le succès d’une entreprise, Andrew Jack parle du facteur « wow ». « Les entreprises avec le plus de succès ont tendance à être dirigées par des leaders inspirants et déterminés qui présentent des solutions innovantes, élégantes et évolutives à des problèmes répandus, soit en perturbant les marchés existants déjà bien développés, soit en créant et en établissant des trajectoires de demande explosives pour des marchés entièrement nouveaux.  Vous connaissez ces entreprises lorsque vous les voyez et que vous vous exclamez immédiatement « aha » ou « wow ».

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4. Financement

« Le financement est le facteur de réussite le plus important car il permet tout le reste », souligne Andrew Jack. « Pour reprendre les mots de Tom Wolfe dans The Right Stuff, « Pas de dollars… pas de Buck Rogers ».

Alors, comment obtient-on un financement, demandez-vous ? « Eh bien, tout d’abord, il faut avoir une équipe, la technologie et un marché avec du potentiel », explique Mungo Park, « sinon vous n’aurez pas d’argent. » Le financement provient soit d’investisseurs, soit, comme mentionné précédemment, d’organisations à but non lucratif. Mungo Park souligne également qu’il peut être beaucoup plus difficile de financer les premières étapes d’une nouvelle entreprise, car les conseils d’experts peuvent se révéler coûteux. 

Andrew Jack décrit les questions juridiques comme « un défi chronique » pour les entreprises, en particulier les entreprises émergentes.

L’une des façons de surmonter l’obstacle du financement de la recherche, suggère Mungo Park, est de s’adresser aux universités. « Elles peuvent être un bon point de départ car elles disposent de départements spécialisés qui aident et financent les entreprises émergentes dirigées par des étudiants ou des membres du personnel. C’est l’une des lacunes en matière de financement que nous voulons combler. Mais pour l’instant, tout cela prend trop de temps ».

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5. Connaissances juridiques

Les défis juridiques peuvent faire ou défaire une entreprise, surtout lorsqu’il s’agit de questions de propriété intellectuelle, de confidentialité et de non-concurrence.  « Les déficiences dans ces domaines peuvent contrarier les efforts de collecte de fonds », souligne Andrew Jack. Si les investisseurs peuvent intervenir pour apporter un soutien financier, Andrew Jack décrit les questions juridiques comme « un défi chronique » pour les entreprises, en particulier les entreprises émergentes.

« Dans un monde de plus en plus réglementé et interconnecté, les nouvelles lois et l’application extraterritoriale des politiques gouvernementales peuvent constituer des obstacles inattendus et potentiellement rédhibitoires », explique-t-il. « Méfiez-vous également des conditions cachées qui sont attachées aux subventions et autres sources d’argent apparemment « gratuit » ou aux collaborations de recherche et développement avec des universités ou des agences gouvernementales. »

CleanEquity Monaco 2021 aura lieu les 22 et 23 juillet à l’hôtel Fairmont de Monte-Carlo.

L’intégralité de la conférence est diffusée en direct sur EarthX.

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