Analyse

Comprendre les tensions entre taxis maralpins et monégasques en cinq minutes

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Romain Boisaubert / Monaco Tribune

Deux chauffeurs, l’un à Nice, l’autre à Monaco, nous ont donné leur point de vue sur cette situation complexe qui dure depuis plusieurs mois.

À l’époque, le tweet avait mis le feu aux poudres. Le 4 janvier dernier, Fabrice Cavallera, Président du Syndicat des Taxis de Nice et de la Fédération Française des Taxis de Province, publiait sur Twitter : « Nous remercions une nouvelle fois @GvtMonaco pour cette ordonnance interdisant à plus 1100 taxis maralpins de pouvoir décharger leurs clients sur le Rocher!!! »

Un message parti de la publication d’un arrêté ministériel au Journal de Monaco en décembre dernier, précisant que « seuls les véhicules disposant d’une vignette pourront accéder au quartier de Monaco-Ville, afin de prendre en charge ou de déposer la clientèle sur la place de la Visitation uniquement. »

On a des clients qui nous paient pour aller d’un point A à un point B, pas à un point A’.

Fabrice Cavallera

Un début de solution

Une situation alors inacceptable pour Fabrice Cavallera, qui a aussitôt contacté la Sûreté Publique : « Sans vignette, on était censés s’arrêter au rond-point, sur la Place d’Armes. La Sûreté Publique m’a répondu que les clients pouvaient terminer à pied et prendre l’ascenseur. J’ai dit : « c’est une blague ? » On a des clients qui nous paient pour aller d’un point A à un point B, pas à un point A’. (…) Quand il y a des croisières à Cannes ou à Villefranche, les taxis font des tours opérateurs. Nous, on ne sait pas qui on prend dans la voiture. Ça peut être des personnalités, des ministres, qui ont besoin de se rendre à Monaco. Sauf qu’au bout d’un moment, ces personnes-là risquent d’en avoir marre et ne feront plus appel qu’aux taxis monégasques. »

De son côté, Jean-Luc Noaro, Secrétaire de l’Association des Exploitants de Taxis Indépendants de Monaco, dit avoir été très surpris en lisant le tweet du 4 janvier : « Il n’y avait plus d’animosité avec les taxis maralpins. (…) On n’avait rien fait de particulier, ce n’était pas une demande de notre part. (…) On n’a pas tous les éléments mais on pense qu’un policier, qui n’était pas au courant, a dû interdire à un taxi immatriculé 06 de passer alors qu’il en avait parfaitement le droit. »

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Au contraire, d’après lui, les taxis monégasques auraient même intérêt à ce que la cohabitation avec les taxis maralpins se passe le mieux possible : « c’est bien normal qu’ils puissent décharger leur client sur le Rocher. On ne va pas dire aux clients « désolé madame / monsieur, nous vous laissons à la place d’Armes. » C’est complètement ubuesque et contre-productif. Ça n’aurait aucun sens ! Pour l’image des taxis en règle générale, c’est mieux que les maralpins fassent leur métier convenablement, sans restriction. »

L’Ambassade de France à Monaco s’est finalement penchée sur la question, concluant cet accord verbal : les taxis immatriculés 06, même sans vignette, peuvent décharger leurs clients sur le Rocher, la Sûreté Publique étant invitée à faire preuve de tolérance.

On ne peut pas donner cette vignette à tous les taxis, parce que ce serait une invasion.

Jean-Luc Noaro

La vignette de la discorde

Malgré cet accord, Fabrice Cavallera reste sur ses gardes. Car la question de la vignette, de 750 euros par an, reste au cœur des négociations : « le problème, c’est que ce ne sont pas tous les taxis maralpins qui sont concernés. C’est seulement DOUZE taxis dans tout le département qui peuvent se la procurer. (…) Alors que les taxis monégasques, quand ils achètent la vignette aéroport, qui ne coûte que 220 euros par an, ne sont pas limités en nombre. En deux transferts, leur vignette est amortie. Ils bénéficient complètement des négociations que j’ai menées pendant la crise covid. »

Jean-Luc Noaro, lui, explique que cette vignette est avant tout une histoire de réciprocité : « on ne peut pas donner cette vignette à tous les taxis, parce que ce serait une invasion. Monaco est un territoire de deux kilomètres carrés et eux ont toute la France ! De plus, l’aéroport est international, c’est donc destiné à ce que tous les taxis puissent y aller. Ce n’est pas réservé aux taxis de Nice. »

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Depuis plusieurs mois maintenant, la question de la vignette est au cœur des débats. Quelques réunions ont eu lieu en interne depuis le début de l’année et des concertations devraient se tenir à partir du mois d’avril. Jean-Luc Noaro fait état d’un statut quo : « des problèmes avec le covid pourraient encore survenir. La guerre en Ukraine va aussi sans doute impacter le tourisme sur la Riviera. Vu qu’on ne sait pas trop où on va, le Gouvernement préfère que rien ne change pour le moment. » Fabrice Cavallera, lui, plaide pour un plus grand nombre de taxis autorisés à obtenir le précieux sésame.

En attendant, la tolérance serait donc de mise. Pour Jean-Luc Noaro, même s’il est normal que la Sûreté Publique effectue des contrôles de temps à autre, il assure n’avoir jamais vu le moindre taxi niçois se faire arrêter par les autorités monégasques. Il rappelle en revanche que la récupération de clients à Monaco ne peut s’effectuer qu’avec la fameuse vignette ou si le taxi récupère un client qu’il a déposé dans un délai de huit heures.

Si Fabrice Cavallera se dit peu optimiste à l’approche des débats qui se tiendront au printemps, de son côté, le chauffeur monégasque se dit dans une logique d’apaisement : « Notre objectif, à terme, c’est de travailler le plus possible avec les taxis Riviera de Nice. On ne peut pas avancer sans eux, on a besoin d’avoir une synergie avec eux et même avec tous les taxis du 06. On veut discuter avec eux, trouver des solutions à tous les problèmes. L’objectif n’est pas la guerre entre taxis. Ce serait ridicule et ça ne mènerait à rien. Il est beaucoup plus intelligent de travailler ensemble. » Affaire à suivre, donc.