Le Prince Albert II a abordé les problématiques environnementales que rencontrent les pôles Arctique et Antarctique au cours d’un symposium les 24 et 25 février derniers. En parallèle, l’Institut océanographique, la Fondation Prince Albert II et le Centre Scientifique de Monaco ont abordé les actions de la Principauté lors d’une conférence de presse.

L’Arctique et l’Antarctique, préservés de notre pollution ? Bien au contraire. Malgré leur éloignement géographique, les deux pôles subissent plus que jamais l’activité humaine et ses conséquences. Voilà pourquoi le Prince Albert II a réuni experts et scientifiques autour d’un symposium, au lendemain de la publication du livre Au cœur des mondes polaires, dont le Prince Souverain a justement rédigé la préface.

De nombreux scientifiques réunis à Monaco

Pour Robert Calcagno, auteur du livre et Directeur Général de l’Institut océanographique, les menaces climatiques envers les pôles « sont les mêmes que celles qui pèsent sur la Terre et sur les océans. On peut trouver de la pollution plastique même au fin fond de l’Antarctique ! On trouve souvent du fuel lourd des navires qui naviguent au large des pôles [fuel qui sera interdit dès 2024 dans les zones polaires, mesure soutenue par la Fondation Prince Albert II] et de la pollution par gaz à effet de serre. La surpêche et la surexploitation se sont aussi développées ces dernières années. »

Et si les menaces sont similaires que sur le reste du globe, les conséquences sur les pôles sont bien plus fortes : « La température augmente deux fois plus vite en Arctique que dans le reste du monde, explique Robert Calagno. On a même eu un record de +38°C en Sibérie l’an dernier. »

Une fois ce constat posé, comment agir concrètement ? Le symposium The Cold is Getting Hot a réuni de nombreux participants en Principauté fin février. Un symposium réservé aux scientifiques, qui n’a réuni aucun personnage politique, à l’exception du Prince Souverain, et qui s’est articulé autour de quatre thématiques : l’étude des changements polaires, les contributions de ces changements polaires au changement climatique global, l’impact de ce changement climatique sur les sociétés et économies des deux pôles et les mesures que l’on peut mettre en place à l’international.

Parmi les grands temps forts de l’événement, la signature, dès le premier jour, de la convention-cadre de partenariat de l’Initiative Polaire par les partenaires de recherche. Un programme établi jusqu’en 2025, basé sur le renforcement des connaissances scientifiques et des capacités, mais aussi sur les actions de sensibilisation et de conservation dans les régions polaires.

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© Direction de la Communication / Manuel Vitali

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Le Prince Albert II, « Prince Bipolaire »

Si l’on connaît l’engagement puissant du Prince Souverain envers l’environnement et sa préservation, l’intérêt de la Principauté pour les pôles Nord et Sud ne date pas d’hier.

« Cela fait plus de 150 ans que la Principauté de Monaco s’intéresse aux pôles et aux régions polaires, raconte Robert Calcagno. A cette époque, le Prince Albert Ier achetait son premier navire d’exploration scientifique. A la toute fin du XIXe siècle, il a mené quatre explorations dans l’archipel du Svalbard. (…) Je n’oublierai pas non plus le Commandant Cousteau : il y a 50 ans, la Calypso partait du pied du Musée Océanographique pour explorer l’Antarctique, début d’un engagement pour protéger l’Antarctique. »

« Le parcours du Prince Albert II a été marqué par deux voyages, ajoute Olivier Wenden, Vice-Président de la Fondation Prince Albert II. Le premier au pôle Nord, au Spitzberg en 2005, cent ans après son trisaïeul, où Il a constaté la fonte des glaces et la perte de la biodiversité. La deuxième expédition, en 2009, était au pôle Sud. Le Prince Albert II est donc le seul chef d’Etat encore en exercice à s’être rendu aux deux pôles, à aujourd’hui. Il s’appelle lui-même, bien volontiers, le Prince bipolaire. »

Le but du Prince Souverain, en créant ce symposium, était donc de réunir les sciences fondamentale, économique et humaine autour des deux régions polaires. « On ne pourra pas arrêter le changement climatique sur ces régions, mais on doit déjà réfléchir aux mesures d’atténuation urgentes à prendre en considération », conclut Olivier Wenden.

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A la rescousse des manchots !

Autre forte illustration de l’engagement de la Principauté envers les régions polaires : la recherche. Depuis 2010, le Centre Scientifique de Monaco (CSM) mène des travaux soutenus dans ces zones.

Céline Le Bohec est chargée de recherche au CSM. Avec ses équipes, elle étudie les populations d’oiseaux marins, et notamment de manchots. Le but : évaluer les capacités d’adaptation de ces animaux face au changement climatique et fournir des outils utiles pour préserver les écosystèmes et la biodiversité polaires.

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Olivier Wenden, Céline Le Bohec et Robert Calcagno © Jean-François Ottonello

En suivant des populations de manchots royaux, Adélie et Empereur, le CSM a pu prendre pleinement conscience de l’impact des changements climatiques dans les zones polaires.

« Les manchots royaux sont très, très sensibles au réchauffement de leur écosystème, commente Céline Le Bohec. Une augmentation de seulement 0,3°C de température de surface là où les manchots s’alimentent en hiver entraîne une diminution de 10% de la survie des adultes. Environ 70% de la population mondiale de manchots royaux pourrait disparaître si aucune mesure n’est prise pour endiguer le réchauffement climatique de façon immédiate et drastique. » D’autres travaux ont été menés, comme l’étude de l’efficacité des Aires Marines Protégées en place.

Autant de mesures qui témoignent de l’engagement de la Principauté envers les pôles, engagement qui sera consolidé par les prochains symposiums qui seront organisés dans les prochaines années.