Troubles neurologiques, états dépressifs, stress post-traumatique et traitements possibles : le docteur Aubin fait le point.

C’est l’un des aspects les moins abordés depuis le début de la pandémie de Covid-19. Pourtant, le bien-être et la santé mentale ont subi de plein fouet, pour une bonne partie de la population, les conséquences de la maladie et des restrictions sanitaires mises en place pour en endiguer la propagation.

Au Centre Hospitalier Princesse Grace, le docteur Valérie Aubin, chef de service de psychiatrie depuis près de 25 ans, le confirme : entre le début de l’année 2020 et le début de l’année 2022, les consultations ont augmenté de 50%, passant de 1 910 à 2 939.

« Il y a eu plusieurs phases, explique-t-elle. D’abord, un impact immédiat, où la crise a joué un rôle de catalyseur sur les problèmes de santé mentale chez des patients déjà connus et identifiés. Mais ce qui est plus inquiétant, c’est la déclaration de nouveaux cas, de gens qui n’avaient jamais eu de contact avec la psychiatrie et qui se sont retrouvés en grande difficulté, que ce soit pendant le premier confinement ou pendant les vagues qui se sont succédé. On sent que ce n’est pas terminé et que les conséquences psychiatriques et psychologiques de cette épidémie sont encore devant nous. »

Une situation inédite, à laquelle le CHPG a dû s’adapter en urgence, pour fournir une aide aux nouveaux patients, sans pour autant laisser de côté les anciens : « On a essayé de hiérarchiser les demandes, d’impliquer davantage les psychologues dans les prises en charge individuelles ou en groupe, pour les nouveaux patients. On a tout de même réussi à maintenir les soins à domicile ou à l’hôpital pour les patients connus. En psychiatrie adulte, on a pu absorber une bonne partie des demandes, mais ça a été beaucoup plus complexe en pédopsychiatrie. Nous avions une grosse pression des parents et des écoles pour prendre en charge les enfants et les adolescents. »

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Quels sont les troubles les plus fréquents ?

Parmi les motifs de consultation les plus recensés, l’on retrouve l’anxiété, les troubles dépressifs ou encore les états de stress post-traumatique. « Le premier confinement a pu être vécu, par certaines personnes, comme un véritable traumatisme, analyse le docteur Aubin. On a vu également une augmentation des addictions, comme les écrans, les jeux et paris en ligne, les achats compulsifs, l’alcool, le cannabis… Les adolescents, les étudiants et les personnes âgées ont été particulièrement touchés. »

Au-delà du confinement, le traitement médiatique intensif et les nombreuses campagnes de vaccination ont également déclenché de grosses vagues de troubles anxieux : « il y a eu beaucoup de clivages intra-familiaux sur l’acceptabilité de la vaccination, il y a eu aussi beaucoup d’inquiétudes autour du vaccin. Certains ont paniqué dans les deux sens : les uns de devoir se faire vacciner, les autres de ne pas pouvoir se faire vacciner rapidement. »

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Le Centre Hospitalier Princesse Grace a vu son nombre de consultations psychiatriques augmenter de 50% entre 2020 et 2022 – © CHPG

Enfin, les conséquences sociales et économiques de la pandémie pèsent également lourd dans la balance. « La phase du « quoi qu’il en coûte » mise en place par les différents gouvernements est derrière nous et de nombreuses personnes se retrouvent en grande précarité ou avec une grande incertitude en termes d’emploi », complète la psychiatre.

En parallèle de ces éléments, le docteur Aubin rappelle que le virus en lui-même a pu jouer un rôle majeur dans certains troubles dépressifs. « On a pris conscience ces derniers mois des conséquences psychiatriques directes de l’infection. Il existe un grand nombre de personnes qui ont été infectées par le virus et on sait de manière extrêmement scientifique qu’il y a un lien très étroit entre l’inflammation créée par un virus dans l’organisme et des manifestations psychiatriques.Tout syndrome inflammatoire peut entraîner des troubles psychiatriques ou psychologiques, des troubles du sommeil, des troubles cognitifs, pendant la phase d’inflammation aigüe. Mais d’autres symptômes peuvent se manifester plusieurs mois après l’infection, en période post-covid. »

Comment en guérir ?

Et pour cause : d’après les études menées, 30% des personnes infectées par le Covid-19 développent au moins un trouble de stress post-traumatique. Parmi elles, les 2/3 présentaient déjà une vulnérabilité psychologique. Mais bonne nouvelle : ces états ne sont pas irréversibles. « On peut s’en sortir, assure le docteur Aubin. Il y a tout un panel de prise en charge possible, pas seulement par voie médicamenteuse. Il existe des techniques de psychothérapie qui peuvent être très efficaces dans les troubles anxieux et le psycho-traumatisme. »

Pour prévenir au maximum les risques de développer un mal-être, le docteur Aubin conseille d’adopter une bonne hygiène de vie, une bonne alimentation, et une pratique régulière du sport. « Il ne faut pas croire que l’alcool, la cigarette ou les écrans vont aider les patients à résoudre leurs problèmes. Ce sont des faux amis. Et si ça ne va pas, il ne faut pas hésiter à avoir recours à un professionnel de santé, d’en parler à son médecin généraliste. (…) Il existe des plateformes pour les adolescents et les étudiants. (…) Il n’y a pas de honte à se sentir mal en ce moment, à souffrir. Il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide. On vit une situation préoccupante et inédite : c’est normal qu’il y ait un impact. Si on rajoute la guerre en Ukraine, on peut comprendre que certains puissent craquer. »


Numéros utiles :

CHPG – Service psychiatrie :

  • Hospitalisation : +377 97 98 84 22
  • Consultations : +377 97 98 84 16

Croix-Rouge écoute :

Soutien psychologique pour toute personne ressentant le besoin de parler (solitude, dépression, violence, addictions…), par des bénévoles formés, service anonyme et gratuit : 0 800 858 858 (lundi au vendredi 9h-19h, samedi dimanche 12h-18h)

SOS Amitié :
Ecoute des personnes en détresse et de leur entourage, par des bénévoles formés, service anonyme et gratuit :

  • 09 72 39 40 50 (7j/7 et 24h/24)
  • 01 46 21 46 46 en langue anglaise (7/7 3PM-11PM)
  • Par tchat (7j/7 13h-03h du matin)

SOS crise :
Ecoute et orientation pour obtenir de l’aide pour toute personne inquiète ou angoissée, par des professionnels de la santé, du social ou de l’éducation à la retraite et bénévoles. Service gratuit et anonyme, seuls le prénom et le code postal sont demandés : 0800 19 00 00 (7j/7 9h-19h)

Enfance et Covid :

Ecoute, accompagnement et soutien des parents, futurs parents et professionnels de la petite enfance, appel et services gratuits : 0 805 827 827 (du lundi au vendredi de 13h à 15h)

Tous les dispositifs d’aide et d’écoute sont également répertoriés sur le site internet Psycom.