Deux frères lancent Classic Dreams et font rêver les passionnés de voitures de collection
Chaque semaine Monaco Tribune part à la rencontre des jeunes entrepreneurs qui façonnent le tissu économique de la région. Dans notre série « Entreprendre sur la Côte d’Azur », nous avons interviewé Joseph et David Berger, les fondateurs de Classic Dreams.
À 24 et 29 ans respectivement, ils ont réussi leur pari : faire rêver les passionnés d’automobiles en leur offrant la chance de gagner une Coccinelle ou une Giannini, pour le prix d’un t-shirt. « On a créé ce projet avec mon frère. Nous avons toujours été de grands passionnés de voitures de collection », confie Joseph Berger, 24 ans, cofondateur de Classic Dreams. Depuis novembre 2024, ce projet unique propose un modèle hybride où l’achat d’un vêtement offre une chance de gagner une voiture d’exception. Une idée née d’une double passion et d’une rencontre fortuite. Le premier concours a été lancé en avril 2025.
De la coccinelle au business model

L’histoire familiale explique en partie cette aventure : « Cette passion nous vient de notre père. Depuis notre plus jeune âge, nous avons grandi entourés de journaux automobiles et de voitures classiques », raconte Joseph. Un père de six enfants qui n’a jamais pu s’offrir la voiture de ses rêves. « Quand on a lancé Classic Dreams, c’était aussi pour lui faire plaisir, pour lui mettre des étoiles dans les yeux ! » Le symbole est fort : la première voiture mise en jeu est une Coccinelle de 1963, année de naissance de leur père : « Il a pu conduire toutes les voitures que nous faisons gagner. C’est une belle histoire », sourit l’entrepreneur.
Le modèle économique s’est précisé après une rencontre fortuite : « Mon frère a rencontré quelqu’un qui organisait des concours pour faire gagner des motos. Alors pourquoi ne pas adapter le modèle aux voitures de collection ? Personne ne le faisait en France ». Le principe est simple : l’achat d’un t-shirt ou d’une casquette sur leur site offre automatiquement une participation : « Nous vendons le vêtement et offrons en bonus une participation au concours », explique Joseph, précisant que cette distinction légale est l’une des seules permettant l’organisation de ce type de concours en France. Chaque édition est ouverte uniquement à la France, la Belgique, Monaco et Andorre.
Un parcours atypique
Le profil de Joseph détonne dans le paysage entrepreneurial : « J’étais séminariste au départ, je me préparais à devenir prêtre. J’ai arrêté ma formation en 2024 », explique-t-il. Une expérience qui, paradoxalement, l’a préparé à la gestion d’entreprise. «Une paroisse se rapproche d’une entreprise dans sa forme : gestion financière, gestion des bâtiments, gestion humaine, mise en œuvre de projets. Cela m’a rassuré au moment de ma sortie du séminaire ». Sacristain à la cathédrale de Monaco pendant un an et demi, il n’avait « qu’une seule envie : me lancer et réaliser mes projets ». Son frère, âgé de 29 ans, partage cette fibre entrepreneuriale, héritée de leur enfance sur l’île de beauté : «Nous avons grandi en Corse, entourés d’artisans et de petites PME. Cette proximité avec l’entrepreneuriat nous a naturellement inspirés. »
Malgré cinq ans d’écart, les deux frères sont « très fusionnels » et forment un binôme efficace : « Comme on aime à le dire, je suis la voile et lui le gouvernail. »
Une première édition avec 2 500 participants
Les débuts ont été marqués par l’inquiétude. « Beaucoup d’appréhension », reconnaît Joseph. Pour surmonter ces craintes, le duo s’est appuyé sur Initiative Côte d’Azur. « Ils nous ont mis en contact avec des experts : avocats, banquiers, comptables, notaires. Quand on se lance dans un projet de cette envergure, il est essentiel d’avoir des retours de personnes expérimentées ». Côté financement, le duo a misé sur un prêt bancaire pour la première voiture (20 000 euros) et un stock initial de t-shirts. Le pari était calculé : « Nous avions estimé que les ressources des ventes permettraient immédiatement de faire fonctionner l’entreprise. »

Pour se faire connaître, Joseph s’est formé au média planning : « J’ai beaucoup travaillé pour apprendre à faire de la publicité », avec un budget publicitaire conséquent : « Entre 50 et 100 euros par jour sur presque trois mois ». Pour fidéliser leurs premiers clients, les frères ont mis en place une stratégie originale : «Nous avons envoyé des cartes personnalisées demandant aux clients de poster une photo en story de Classic Dreams. En échange, nous leur avons envoyé un code leur permettant de découvrir en avant-première notre seconde édition ». Le premier concours a attiré 2 500 participants, l’objectif fixé.
Au-delà de l’aspect entrepreneurial, une vision anime les deux frères : « Nous voulons remettre ces belles voitures sur les routes, parce que c’est ce qui nous fait rêver. Mais aussi permettre à ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter une voiture de collection d’avoir la chance d’en gagner une. »
D’autres projets en cours
La répartition des tâches est claire et naturelle entre les deux frères : «Mon frère s’occupe de la gestion administrative, du développement et de la direction artistique. De mon côté, je gère la création de contenu, les réseaux sociaux et les publicités ». L’ambition des jeunes hommes ne s’arrête pas là. Dans deux semaines, ils finaliseront le rachat d’un atelier de sérigraphie niçois : « Nous voulions proposer des produits de qualité, des t-shirts que les clients soient fiers de porter au quotidien », explique Joseph. L’atelier leur permettra de produire leurs 2 500 pièces tout en travaillant pour d’autres clients. Un troisième projet se profile. Celui du rachat d’une salle de sport au Cannet, prévu pour mai 2026. « Notre idée est aussi de développer une gamme de vêtements pour offrir plus de choix aux clients de cette salle de sport. »
L’expérience acquise pourrait également profiter à d’autres : « Maintenant que nous avons ce savoir-faire, pourquoi ne pas proposer d’accompagner des personnes qui voudraient organiser des concours dans d’autres domaines que la voiture de collection ? Cela nous plairait beaucoup. »
Entre sacrifices et satisfactions
Le rythme entrepreneurial impose sa cadence. «Je travaille environ dix à douze heures par jour », confie Joseph, qui parvient malgré tout à préserver du temps pour la salle de sport, la guitare et sa chorale hebdomadaire. « Quand on porte ce genre de projet, il faut accepter de sacrifier certains loisirs et une partie de sa vie sociale ». Les moments de satisfaction sont multiples. «Livrer une voiture à un gagnant, c’est extraordinaire. Il ne s’y attend pas, il est aux anges. » La fierté s’étend également à la création textile : «Quand on porte pour la première fois le t-shirt qu’on a conçu, c’est très gratifiant. »

Pour l’avenir, Joseph et son frère visent « entre quatre et six concours par an » et souhaitent se positionner comme « un incontournable du textile lié à la voiture de collection ». Côté gamme, de nouveaux produits sont envisagés : sweats, chemises en lin, et même de la broderie. La Giannini, deuxième voiture mise en jeu, sera attribuée le 26 janvier. Quant à la troisième édition, les deux frères restent encore discrets sur leur future pépite.
Enfin, aux jeunes qui hésitent à se lancer, Joseph livre trois conseils : « Croyez en votre projet, soyez prêts à faire des sacrifices, et entourez-vous bien. Quand on est jeune, il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide. C’est ce qui fait votre réussite. »











