Récit

Un homme jugé pour avoir épié des femmes dans les toilettes du parking des Pêcheurs

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©Monaco Tribune

Un homme de 56 ans a été condamné mardi 6 janvier par le tribunal correctionnel de Monaco pour avoir espionné des femmes dans les toilettes publiques du parking des Pêcheurs.

Les faits remontent au 30 mars 2025. Vers 15h35, une touriste allemande contacte les services de police après avoir aperçu un téléphone qui la filmait pendant qu’elle se trouvait dans les toilettes du parking des Pêcheurs. À sa sortie, elle voit un homme quitter précipitamment les lieux. Trois jeunes femmes se lancent à sa poursuite. C’est finalement un chauffeur de bus, témoin de la scène, qui intercepte le fuyard et le plaque au sol jusqu’à l’arrivée de la police. Les enquêteurs découvrent sur lui un petit miroir. Sur les images de vidéosurveillance, on voit le prévenu prendre la fuite, mais pas arriver dans les toilettes.

Le prévenu, sans profession et domicilié au Larvotto, nie d’abord les faits. Il finira par reconnaître être venu dans les toilettes pour femmes du parking des Pêcheurs « dans le but de regarder des jeunes femmes pour assouvir ses besoins naturels ». « C’est une pulsion que j’ai du mal à contrôler », explique-t-il. Ce n’est pas la première fois. Des faits identiques avaient déjà été commis en 1991 dans les toilettes du Métropole, puis en juillet 2024 au même endroit, le parking des Pêcheurs. Le jour de son arrestation, la victime n’était d’ailleurs pas la seule : deux autres femmes avaient été épiées auparavant. « Je prends mon miroir en y allant pour être sûr de pouvoir le faire si l’occasion se présente », avoue-t-il.

« Ça ne justifie pas d’aller regarder des filles dans les toilettes »

Le tribunal a ordonné une mesure d’expertise. Selon le rapport psychiatrique, le prévenu souffre d’une psychose infantile. Il n’a pas de formation professionnelle et éprouve « une grosse difficulté à communiquer avec l’autre », ainsi qu’un isolement social important. À la barre, il tente d’expliquer son parcours : « Après ma naissance, ma mère a eu une accablante dépression post-partum dont elle ne s’est jamais remise. J’ai souffert du manque d’affection, c’est pour ça que je n’arrive pas à avoir des relations avec les autres ». Selon lui, le voyeurisme constitue son « seul moyen d’avoir un contact sexuel avec l’autre ». Le rapport précise toutefois qu’il n’est pas en état de démence et connaît les interdits. Une prise en charge à long terme est jugée nécessaire.

Le tribunal relève un schéma préoccupant. En 1991, après les faits commis aux toilettes du Métropole, le prévenu avait suivi des soins. Il ne s’était alors plus rien passé. Mais quelques années après, lorsqu’il arrête sa prise en charge psychiatrique, son comportement reprend. « Quand vous êtes pris en charge, il n’y a pas de faits et quand vous arrêtez vos soins, vous reprenez votre comportement de voyeur », souligne le tribunal. « Il y a plein de gens qui ont été privés d’affection et qui ne finissent pas à regarder des jeunes filles dans les toilettes publiques. Que ce soit un facteur, c’est une certitude, mais ce n’est pas la seule cause. Vous ne comprenez pas bien que c’est interdit. Vous avez un problème avec votre mère, c’est une certitude, mais ça ne justifie pas tout. Ce n’est pas une fatalité. Ça ne justifie pas d’aller voir des filles dans les toilettes. »

La procureure tente de lui faire prendre conscience de la gravité de ses actes : « Vous, à leur place, est-ce que ça vous ferait plaisir qu’on vienne avec un petit miroir et qu’on regarde ce que vous faites ? », « Non, je ne pense pas », répond le prévenu. « Est-ce que vous vous mettez à leur place ? », « J’ai du mal à me mettre à leur place », « Et maintenant que je vous le demande, qu’est-ce que ça leur fait selon vous ? », « Du mal moral, pas physique », finit-il par admettre.

L’avocate de la partie civile réclame 1 500 euros de dommages et intérêts. « C’est une vraie violation de l’intimité d’une femme. Il n’y a aucun ressenti, aucune remise en cause, aucune volonté de respecter autrui », déclare l’avocate. « La victime a été choquée de vivre cela à Monaco, dans un pays qu’on lui a décrit comme ultra-sécurisé. C’est une violation grave de l’intimité d’une femme, et pas que d’une... »

La procureure poursuit : « On comprend que monsieur a une grande sensibilité marquée par son enfance, et aujourd’hui le travail qu’il va y avoir à accomplir avec monsieur, c’est de lui faire prendre conscience qu’il vit en société. On ne fait pas du mal aux autres même si soi-même on souffre de son histoire passée. Ce n’est pas parce qu’on a souffert dans son enfance qu’on a le droit de faire mal aux autres ». Elle réclame trois mois d’emprisonnement assortis d’une liberté d’épreuve avec obligation de soins pendant trois ans et ajoute : « Je demande au tribunal aujourd’hui de vous condamner une nouvelle fois pour ne pas que ça recommence. Il faut vous obliger à prendre des soins. »

Pour ses derniers mots, le prévenu indique : « Je veux éviter de prendre des médicaments, parce que mon état risque d’empirer. Je ne peux rien faire, c’est dramatique. Je me repends d’avoir fait cela ». Après délibération, le tribunal correctionnel le reconnaît coupable. Il est condamné à trois mois de prison avec sursis, assortis d’une liberté d’épreuve pendant trois ans avec obligation de soins, ainsi qu’au versement de 1 000 euros de dommages et intérêts à la partie civile.