La crise sanitaire a touché de plein fouet le secteur du tourisme et Monaco ne fait pas exception à la règle. Malgré les aides du Gouvernement princier, les commerçants de la Principauté ne cachent pas leur anxiété face à une saison touristique morose et à un avenir plus qu’incertain.

Inquiétude. C’est le mot qui se lit sur les lèvres des commerçants et restaurateurs monégasques, à l’issue d’une saison touristique maussade. « Mai et juin c’était catastrophique, on en venait à compter le nombre de touristes qui passaient dans la rue ! », explique Alexandra Rinaldi, gérante de la boutique Les 5 Saveurs à Monaco-Ville. « On travaille vraiment depuis le 20 juillet. Donc sur l’année, ça nous fait un mois de travail », explique la commerçante monégasque, qui espère des jours meilleurs en septembre et en octobre. Pour une bonne journée, comptez environ une cinquantaine de clients. « Par rapport à l’année dernière, on va du simple au double », ajoute-t-elle.

Il a fallu s’adapter, ce n’est pas du tout la même clientèle

Attirer les touristes avec « Les Jeudis du Rocher »

« Je n’ai jamais autant parlé français cet été que toutes les années précédentes, constate la manager du restaurant U Cavagnetu, situé lui aussi sur le Rocher, il a fallu s’adapter, ce n’est pas du tout la même clientèle. Ça été très dur et très bizarre quand on a rouvert ». Avec une clientèle d’habitués déjà mise à mal par le télétravail, le restaurant a également été privé des touristes russes, américains ou encore asiatiques. Ces derniers ont été remplacés par une clientèle familiale, pour la plupart du temps française, avec un pouvoir d’achat beaucoup plus limité. Malgré une fréquentation plus élevée en août, le restaurant continue de tourner avec du personnel réduit : « Il y a deux personnes en moins en salle et en cuisine », précise la manager du restaurant.

Pour redynamiser Monaco-Ville, les commerçants ont eu l’idée de lancer « Les Jeudis du Rochers », une animation ayant lieu de 18h à 21h. Objectif : attirer les touristes mais aussi les locaux dans une ambiance festive et musicale, propice à la (re)découverte des rues du Rocher. « Cela a bien fonctionné les deux, trois premiers jeudis. Depuis, c’est un peu plus calme, explique Alexandra Rinaldi. Les Monégasques sont en vacances en ce moment et en général, les touristes partent avant 18h », ajoute la commerçante.

J’exerce depuis 53 ans et je n’ai jamais vu ça

Annulation des grands évènements monégasques

« J’exerce depuis 53 ans et je n’ai jamais vu ça », confie Alain Latore, gérant de la boutique Capucine’s à la Condamine. Au pied du Rocher comme à son sommet, le discours est similaire. « Déjà, avec le télétravail, la clientèle a diminué. En mai, on a eu une baisse limitée entre moins 10 et moins 12%. Mais c’est allé crescendo au fil des mois avec le manque de touristes », explique-t-il. En août, Capucine’s accuse d’une baisse de 30% de son chiffre d’affaires par rapport à l’année dernière.

Fermeture des frontières, restrictions de déplacements, arrêt des croisières, annulation du Grand Prix de Monaco puis du Yacht Show… Autant d’obstacles qui ont empêché et empêchent toujours la clientèle étrangère de se déplacer à Monaco. « D’habitude, au mois d’août, notre clientèle est composée à 70% d’étrangers. Cette année, on a eu beaucoup plus de Français mais très peu d’Allemands, d’Italiens ou encore d’Anglais, qui sont rentrés chez eux à l’annonce de la quarantaine obligatoire », explique Alain Latore.

L’hiver risque d’être long

Les visages se crispent à la simple évocation des mois à venir. « Je perçois très mal le futur, confie Alexandra Rinaldi, qui a ouvert sa boutique en mars 2019. On se fait tous énormément de soucis pour l’hiver, qui va être très long ». Une crainte partagée par la manager du restaurant U Cavagnetu, à quelques rues de là : « J’ai vraiment peur parce qu’on est dans un milieu touristique et que même si on a nos habitués, on compte aussi sur les touristes », reconnat-elle. Même son de cloche à la Condamine, chez Capucine’s : « Je suis un peu pessimiste. Je crains qu’il n’y ait pas de tourisme post-estival », explique Alain Latore.

On a eu le plus d’aides au monde !

Malgré cette vive inquiétude, les commerçants et les restaurateurs se disent reconnaissants envers le Gouvernement Princier, qui a déployé tout un plan de relance économique. Chômage Total Temporaire Renforcé (CTTR) – qui a par ailleurs été prolongé, prise en charge des cotisations sociales ou encore création de la Commission d’Accompagnement de la Relance Économique (CARE), autant de dispositifs destinés à oxygéner l’économie monégasque. « Je suis très satisfaite, je ne remercierais jamais assez le Gouvernement et surtout le Prince Albert. On a eu le plus d’aides au monde ! », insiste Alexandra Rinaldi. En espérant que ces aides suffisent à éviter des fermetures définitives, qui planent au-dessus des têtes comme des épées de Damoclès.