De retour cette saison sur le banc de l’AS Monaco Basket après un premier passage couronné de succès (2015-2018), Zvevdan Mitrović (50 ans) entretient une relation privilégiée avec la Roca Team. Portrait d’un entraîneur atypique, amoureux de tactique, froid et fermé d’apparence, chaleureux et chambreur d’ordinaire, qui sort d’une relation tumultueuse avec l’ASVEL et qui rêve de nouveaux succès sur le Rocher.

La parenthèse était refermée, l’idylle terminée. Mais les histoires d’amours inachevées prennent parfois des tournants inexplicables, marquées par des retrouvailles inattendues. Deux ans après son départ pour l’ambitieux club de Tony Parker, Zvezdan Mitrović a fait son grand retour en Principauté cet été, auréolé d’un titre de champion de France en poche.

« Tout le monde est unanime sur ses qualités en tant que coach, sûr et en dehors des terrains »

Meurtri par le départ en fin de saison de son entraîneur Saša Obradović pour l’Etoile Rouge de Belgrade, son club de coeur, alors qu’il avait orchestré un redressement spectaculaire sur le Rocher depuis son arrivée en février 2019, l’AS Monaco Basket n’a pas hésité une seule seconde au moment de remplacer le Serbe. En proie à des tensions à l’ASVEL, licencié par le club rhodanien pour « faute grave » en mai 2020 et donc libre de tout contrat, Mitrović n’a pas hésité une seule seconde. Et l’entraîneur et la Roca Team se sont dit oui, pour la deuxième fois.

« C’est une excellente nouvelle pour la Roca Team, confiait Paul Lacombe pour Monaco-Tribune, lui qui a côtoyé l’entraîneur monténégrin lors de la saison 2017-2018 et qui vient de rejoindre les rangs… de l’ASVEL. Avec le départ de Saša, c’était la meilleure chose à faire. Avec Zvevdan, le club ne repart pas de zéro. » Un constat partagé par Yakuba Ouattara, l’un des hommes de base de Mitrović durant trois saisons et qui évolue désormais au Real Betis Baloncesto. « Il connaît le club par coeur, il a eu de très bons résultats ici, nous a soufflé l’international français. Tout le monde est unanime sur ses qualités en tant que coach, sûr et en dehors des terrains. C’est un grand renfort pour Monaco. »

« Un homme avec beaucoup d’humour, proche de ses joueurs à sa façon, sans être démonstratif »

Réputé son sens tactique et sa science du jeu, basée sur une philosophie semblable à ses camarades d’Europe de l’Est – défense agressive, disposition offensive plus libre – Zvezdan Mitrović a permis à la Roca Team d’éclore, pendant trois saisons et demi. De la Pro B aux sommets du championnat de France, le natif de Podgorica, au Monténégro, a remporté par moins de trois Leaders Cup, tout en conduisant la Roca Team en finale du championnat de France (2018) et jusqu’en Coupe d’Europe. Une réussite logique qui s’explique en partie par une gestion authentique, que ses anciens protégés n’ont pas oublié.

« C’est le coach qui m’a lancé en Jeep Élite, donc je n’en garde forcément que des bons souvenirs, se remémore Ouattara. Zvezdan est quelqu’un avec qui on peut échanger, qui est proche de ses joueurs à sa façon, sans être démonstratif, mais toujours vrai avec tout le monde. Il ne tient pas de double discours et ne fait pas de différences entre les jeunes joueurs et les joueurs d’expériences avec de gros contrats. Zvezdan ne se base que sur la réalité du terrain et n’hésites pas à te donner ta chance. Il travaille beaucoup au mérite et c’est ce que j’ai adoré chez lui. » Alors qu’ils se sont croisés cet été en faisant l’un et l’autre le chemin inverse, Paul Lacombe et Zvezdan Mitrović n’auront certainement plus l’occasion de collaborer ensemble. Mais l’arrière international français se souvient d’un « homme avec beaucoup d’humour, dur mais juste sur le terrain », qui ne manquait pas de « crier sur tout le monde, sans exception, tout en nous laissant beaucoup de liberté. »

« Les gens qui me connaissent savent qui je suis vraiment »

Cette double personnalité, alliant le feu et la glace, c’est peut-être ce qui caractérise le mieux celui qui rêvait d’être dessinateur dans sa jeunesse, avant de tomber dans le basket-ball, au point de visionner aujourd’hui jusqu’à quinze matchs par semaine à la télévision. Calme dans la vie, ce père de trois enfants peut aussi se montrer volcanique sur les terrains, comme en atteste sa relation houleuse avec les arbitres du championnat de France depuis de nombreuses années.

« Les gens qui me connaissent savent qui je suis vraiment, les autres, je m’en fou, affirmait-il sans langue de bois dans l’émission Transversales, sur RMC Sport. Le plus important pour moi, c’est ma relation avec les joueurs. » Des joueurs souvent prêts à mourrir pour lui sur le terrain, même si certains ont eu plus de mal avec les méthodes du Monténégrin, à l’image du meneur international français Antoine Diot, qui a récemment déclaré au journal L’Équipe qu’il n’aurait pas continué l’aventure avec l’ASVEL « si Mitrovic était resté. »

« La Roca Team, c’est le choix du coeur »

Pour son deuxième passage à Monaco, celui qui a entraîné pendant douze ans en Ukraine se sait attendu comme le sauveur, comme le seul à même de bousculer l’hégémonie de l’ASVEL pour enfin ramener le titre sur le Rocher. Une mission qui s’annonce compliquée. « On va y aller étape par étape, mais je peux vous assurer que l’envie de vivre à nouveau de grandes soirées à Gaston-Médecin, elle, est très forte, lançait-il dans les colonnes de Nice-Matin à son arrivée. On va y mettre toute notre énergie et beaucoup de passion. » Pour achever en beauté cette belle histoire d’amour ? « Je me sens sur le Rocher comme à la maison. Après le Monténégro, Monaco est l’endroit où je me sens le mieux. La Roca Team, c’est le choix du coeur. »