Interview

Fondation Hector Otto : le bien-être des séniors avant tout

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Fondation Hector Otto

La Fondation vise à aider les personnes âgées de la Principauté à retrouver une vie sociale avec un service confortable 24/24, 7/7. Un deuxième bâtiment spécialisé dans la prise en charge de la perte d’autonomie va prochainement ouvrir ses portes.

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© Fondation Hector Otto – Jérôme Breton
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Deux établissements, une seule mission. Depuis près d’un siècle, la Fondation Hector Otto, créée par le notaire mentonnais du même nom, œuvre pour venir en aide aux personnes nécessiteuses de la Principauté. Si aujourd’hui, ses activités à destination des enfants, adolescents, étudiants et personnes dans le besoin sont moins connues mais pourtant significatives, ses actions envers les séniors, elles, sont de notoriété publique.

Jérôme Breton est en charge de la Direction et de l’Administration des bâtiments de la Fondation depuis 2006. Il nous accueille sur le site de la Résidence Bellando de Castro, qui compte 80 appartements pour personnes autonomes. Des studios de 30m2, avec loggia et kitchenette, dans lesquels peut vivre toute personne âgée de plus de 60 ans, sous conditions.

« Il faut que la personne ait entre 60 et 85 ans au moment de l’admission, qu’elle soit Monégasque, résidente en Principauté ou résidente en commune limitrophe après avoir travaillé à Monaco de manière significative, nous explique Jérome Breton. Et, surtout, cette résidence s’adresse aux personnes autonomes. »

Le détail intrigue. Les établissements pour personnes âgées sont généralement réservés, justement, aux séniors qui ne peuvent plus vivre seuls à domicile. Mais ici, le but n’est pas médical, mais social : « Très souvent, nous accueillons des personnes qui nous disent qu’elles sont très bien dans leur appartement à Monaco, mais qu’il n’y a que des jeunes actifs sur leur pallier. Elles sont seules du matin au soir, même le week-end, puisque les voisins partent skier ou à la plage… Elles sont donc bien chez elles mais s’y ennuient. »

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Objectif : créer du lien social

Cette structure fait donc office de résidence-service : gestion du linge, ménage, hébergement, entretien des bâtiments, restauration trois fois par jour… Tout est proposé aux résidents, qui n’ont qu’une seule obligation : participer au repas commun du midi. Une règle qui permet aux équipes de la Fondation d’avoir un regard sur les pensionnaires : « c’est une alerte pour nous, on peut repérer quelqu’un qui irait moins bien, qui se replierait sur lui-même, détaille Jérôme. Et puis, ça permet aussi aux résidents de se connaître les uns avec les autres. Ça créée des échanges, du lien. C’est vraiment le sens de la Fondation, au-delà de l’hébergement. Ça rentre en compte dans la prévention de la perte d’autonomie ou des pertes cognitives. »

Bien sûr, les résidents qui auraient un rendez-vous à l’extérieur, qui partiraient en vacances, qui souhaiterait déjeuner en famille à la Fondation ou qui seraient malades sont exemptés. Car ici, chacun est libre de recevoir ou de sortir quand bon lui semble, tout en ayant la garantie d’un service assuré 24h/24, 7j/7, 365 jours par an. A noter que les animaux sont acceptés, dans la limite du raisonnable.

Autre gros point fort de la Fondation : le volet animations. Le programme est plus que riche : quizz, apéros-concerts, carnaval, sorties, théâtre, plage, diffusions de films, musée, expositions, pétanque, ateliers hebdomadaires avec la Croix-Rouge Monégasque, geocaching, jeux de cartes, scrabble, ateliers mémoire ou même baptême de l’air en hélicoptère… Au moins deux activités sont proposées chaque jour.

Les pensionnaires sont libres ou non d’y participer. Et avec la fin de la pandémie, l’heure est à la reprise de toutes ces animations de groupe, au grand soulagement des résidents et de Jérôme : « Le Covid a été très compliqué pour nous. On a fait porter les repas dans les appartements, on a vu augmenter le nombre de cas de syndromes de glissement et de perte d’autonomie, car nos résidents étaient habitués pour la plupart à sortir, se promener, voir du monde… »

Mais heureusement, tout doucement, la vie reprend son cours, notamment via les partenariats mis en place avec la Croix-Rouge Monégasque ou avec la Mairie et son Club « Le Temps de Vivre ».

Et Jérôme l’affirme : dans la résidence, des synergies, et même des amitiés, se créent grâce à ces animations : « beaucoup de pensionnaires nous disent regretter de ne pas être venus plus tôt. Certains ont un peu de mal à s’habituer, parce qu’il y a des règles, une vie en communauté. Mais depuis que je suis ici, depuis 2006, je n’ai vu que trois personnes partir sur leur volonté. Les autres départs sont liés à une perte d’autonomie qui ne peut pas être prise en charge. »

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Une nouvelle structure adaptée à la perte d’autonomie

Et justement, proposer une solution aux séniors qui ne peuvent plus se débrouiller seuls est l’autre grand projet de la Fondation. Le deuxième bâtiment, situé au 20 avenue Hector Otto, est en restructuration complète depuis fin 2018. Il doit ouvrir en novembre 2022 et accueillir des résidents plus âgés, en perte d’autonomie, avec des équipes qualifiées et du matériel adapté.

En attendant la fin des travaux, certains résidents qui y vivaient à l’origine ont été relogés provisoirement dans les communes limitrophes, mais ils restent prioritaires dès qu’une chambre se libère à Monaco. Seul bémol à l’approche de la conclusion de ce projet d’envergure : le recrutement du personnel, qui s’annonce complexe. D’après Jérôme, la pandémie de covid-19 et les récents scandales en EHPADs français ont laissé leur trace.

Mais il a bon espoir : « Les enveloppes financières sont là, ce qui nous permet d’activer nos recherches. (…) C’est un beau projet qui révolutionne la prise en charge des séniors. M. Otto ne pouvait pas imaginer que l’espérance de vie en 2023 serait de 85 ans, alors qu’elle était d’à peine 65 ans il y a cent ans. On cherche à adapter notre réponse aux nouveaux besoins, plus axés sur la prise en charge du vieillissement. »

Le coût d’accès à ces structures, quant à lui, est plafonné. Actuellement, il ne peut dépasser le seuil de 2 500 euros par mois, tout compris. Mais il reste adapté au cas par cas. Les aides sociales de la Principauté sont incluses dans les ressources disponibles du résident. Mais si, tout mis bout à bout, la somme requise n’est pas atteinte, la tarification s’adapte à la situation du résident : « Un tiers de nos pensionnaires ont un tarif « à la carte. » A noter que 470 euros par mois sont retirés et laissés à disposition du sénior, en guise « d’argent de poche. » »

Une offre plus qu’avantageuse, quand on tient compte de tous les services proposés. A titre de comparaison, selon le site capretraite.fr, le tarif d’un EHPAD dans les Alpes-Maritimes s’élève à 2 682 euros par mois en moyenne.

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© Fondation Hector Otto
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© Fondation Hector Otto

Pour Jérôme Breton, ces différences de tarif et de prise en charge reflètent l’importance capitale que la Principauté accorde à ses séniors : « Monaco reste majeur dans la qualité de la prise en charge, et on le voit surtout dans la rapidité des démarches, de l’accès au soin et de la qualité des animations proposées. Certains nous l’ont dit : même pendant la pandémie, ils se sentaient comme dans un cocon. Cela ne facilite pas les départs », glisse-t-il en riant.