Reportage

Grande réussite pour la 2e édition de Girlboss, la rencontre entre les lycéennes et les femmes dirigeantes de Monaco

girlboss monaco speed mentoring
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Avec une belle nouveauté cette année : la Journée d’immersion.

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Au One Monte-Carlo, l’ambiance est conviviale, mais studieuse. En ce mercredi 8 mars, Journée Internationale des Droits des Femmes, l’Association des Femmes Chefs d’Entreprises de Monao (AFCEM) et l’association SheCanHeCan organisent, pour la deuxième année consécutive, leur speed-mentoring 100% féminin.

Un rendez-vous donné aux jeunes filles âgées de 12 à 18 ans étudiantes à Monaco, durant lequel elles rencontrent une quarantaine de femmes dirigeantes et inspirantes de la Principauté, venues des secteurs public et privé, telles que Marine Grisoul et Christine Pasquier-Ciulla, Conseillères nationales, Annabelle Jaeger-Seydoux, Directrice de la Mission pour la Transition Energétique du Gouvernement Princier, Sophie Vincent, DRH pour la Société des Bains de Mer, Louise Grether Cheffe de Bureau chez Sotheby’s, ou encore Houleye Deme, Capitaine de l’AS Monaco Féminin.

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« Souvent, l’orientation professionnelle se décide assez tôt, au collège et au lycée, explique Vibeke Brask Thomsen, fondatrice de SheCanHeCan. Mais souvent, on oublie les défis spécifiques auxquels seront confrontées les femmes plus tard : la charge mentale, les enfants, le harcèlement, les stéréotypes… Le fait de pouvoir échanger, de voir que d’autres femmes sont passées par là, d’avoir des conseils pour jongler entre vie personnelle et professionnelle, c’est important. Ça permet aussi de mettre en lumière toutes les réussites de ces femmes mentors, qui sont chefs d’entreprises et font marcher l’économie de Monaco. (…) J’espère que ces filles vont voir qu’il faut viser haut, qu’il y aura des obstacles sur leur chemin qu’il faudra surmonter mais qu’en continuant sur la voie dont on rêve, on peut y arriver. Il faut trouver des alliés qui nous soutiendront, hommes ou femmes. Tout est possible, il faut viser les étoiles. »

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Johanna Houdrouge et Vibeke Brask Thomsen – © EdWrightImages

« Cette journée est organisée dans un esprit de transmission aux générations futures, ajoute Johanna Houdrouge, Présidente de l’AFCEM. L’important, c’est de dire aux jeunes filles que non seulement elles peuvent travailler, mais qu’elles peuvent aussi viser des hauts postes. Elles peuvent créer leurs entreprises, être indépendantes, occuper des postes à haute responsabilité, y compris dans le secteur public. (…) Nous devons travailler dans la complémentarité des garçons et des filles, des hommes et des femmes. Le management féminin associé au management masculin peut permettre à l’entreprise de prospérer davantage et donc être source d’économie. (…) Le management féminin est différent du masculin. La femme est plus communicative avec les salariés, elle est plus dans l’information, dans l’écoute, dans la prudence aussi. L’homme a d’autres qualités, avec par exemple des prises de risques plus faciles. Les deux sont complémentaires. »

Une journée en immersion

Toutes les huit minutes, la cloche retentit et les jeunes filles doivent changer de mentor. L’occasion pour elles de rencontrer un large panel de femmes et de poser toutes leurs questions, mais aussi de se constituer un premier petit réseau. « L’an dernier, une jeune fille qui voulait faire du droit a rencontré le Haut-Commissaire. Elle nous a dit que c’était une opportunité très importante pour elle, et elles ont pu échanger, raconte Johanna. D’ailleurs, nous avons voulu aller plus loin cette année, pour cette seconde édition avec la mise en place d’une Journée d’immersion. »

Je dis à ces jeunes filles que ce qui compte, c’est la liberté 

Benoîte de Sévelinges
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Cette journée permettra aux jeunes participantes de passer un jour entier avec la mentor de leur choix, de 8 heures du matin à 20 heures, et d’observer comment ces femmes parviennent à combiner leurs responsabilités professionnelles et personnelles. « Idéalement, la jeune fille arrivera le matin chez la mentor, verra comment elle habille ses enfants, les emmène à l’école, répond à je ne sais combien de coups de téléphone dans la journée, combine sa vie associative et/ou entrepreneuriale avec sa vie de femme, ses courses au supermarché, ses enfants etc. Et nous espérons qu’après cette journée, elles tisseront des liens avec ces femmes pour aboutir ensuite à des demandes plus conventionnelles, comme des stages », conclut la Présidente de l’AFCEM.

Transmettre son expérience

Des stages, justement, plusieurs participantes en ont peut-être trouvé au Centre Hospitalier Princesse Grace. Son Directeur, Benoîte de Sévelinges, participe pour la seconde fois au speed-mentoring. Et à l’instar de l’an dernier, elle se dit très satisfaite de l’événement.

« C’est un moment à la fois très convivial, parce que ça fait du bien de rencontrer les jeunes filles motivées comme ça, et à la fois très enrichissant parce que ça nous permet d’avoir leur regard sur la société d’aujourd’hui. Et pour ma part, ça m’a permis aussi de leur signifier que l’hôpital est ouvert aux stages et je pense que je vais en accueillir quelques-unes en stage de découverte, pour leur présenter la médecine de la santé. Pour nous, l’objectif est de leur ouvrir l’esprit sur ces métiers-là et, de manière plus générale, de les aider à s’orienter vers un secteur qui les amènera vers un épanouissement », nous confie-t-elle.

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Benoîte de Sévelinges a également pu partager son expérience avec les jeunes participantes et notamment son accès au poste de direction : « en tant que femme, ça m’a obligée à travailler plus pour faire mes preuves, mais d’un autre côté, c’est ce qui me permet peut-être aujourd’hui d’être à l’aise dans mon poste. C’est un mal pour un bien. J’ai bénéficié de beaucoup de bienveillance de la part de mon prédécesseur et mentor, et de la part du Souverain qui m’a fait confiance. Si la misogynie n’est pas dans ceux qui décident, finalement ce n’est pas très grave si elle est chez d’autres. Je dis à ces jeunes filles que ce qui compte, c’est la liberté : elles sont libres de choisir leur vie professionnelle et personnelle, libres de choisir l’image qu’elles vont renvoyer. C’est là qu’elles s’épanouiront. L’inégalité hommes-femmes joue beaucoup sur ces facteurs-là. Si on arrive à s’affranchir du regard de l’autre et à acquérir cette liberté, ça n’aura aucune importance. (…) Il faut remercier les associations de l’AFCEM et SheCanHeCan pour la parole qu’elles portent et les initiatives qu’elles ont, qui sont extrêmement utiles. »

Savoir par où commencer

Du côté des élèves de la Principauté, l’opération est également une belle réussite. Carlotta est élève en Terminale au lycée FANB. Désireuse de devenir entrepreneuse, elle trouve cette journée particulièrement enrichissante. « J’ai des objectifs précis, mais je ne sais pas par où commencer, confie-t-elle. Je trouve que c’est très intéressant de rencontrer ces professionnelles qui partagent leur expérience, qui nous donnent des conseils sur comment nous comporter, par où commencer, à qui s’adresser… »

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© Camille Esteve / Monaco Tribune

Très attirée par le domaine de la finance, la lycéenne a pu ainsi rencontrer Patricia Cressot, cofondatrice et Présidente du MWF Institute ainsi que Laurence Garino, Chef de Cabinet du Ministre d’Etat, qui a pu la conseiller sur la dépose des brevets et l’aiguiller sur les secteurs les plus innovants. « Je suis vraiment contente d’avoir grandi ici, car c’est un monde d’opportunités, appuie Carlotta. Je pense que cette journée et la journée d’immersion me permettront et permettront à d’autres jeunes filles de découvrir ce qu’elles veulent faire, ce qui les passionne. L’événement est bien construit : ce sont des femmes de tous domaines. Et même si elles travaillent dans des secteurs qui ne nous intéressent pas forcément, c’est très enrichissant : elles nous donnent des pistes. (…) Je pense que la femme ne doit pas être vue comme une personne pas intelligente, incapable de faire quoi que ce soit. Il faut prendre des risques dans la vie, même si on a peur il faut oser, sourire, aimer, s’intéresser… »

Je les incite au maximum à travailler, parce que le travail c’est l’indépendance et l’indépendance permet de se prémunir contre les aléas de la vie

Céline Cottalorda
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Un conseil que partage Céline Cottalorda, Déléguée Interministérielle pour les droits des femmes. Venue pour l’occasion, comme l’an dernier, elle se réjouit de constater l’évolution des mentalités en Principauté : « la Journée des droits des femmes prend de plus en plus d’ampleur à Monaco, d’année en année. Le tissu associatif est très actif et tout le monde veut faire quelque chose pour le 8 mars, c’est vraiment une très bonne nouvelle et c’est le signe d’une évolution dans les mentalités. Les choses commencent à bouger, les femmes prennent de plus en plus la parole et l’assument, pour revendiquer leurs droits, faire avancer la société. Nous avons des initiatives très variées, comme cette session de speed-mentoring, pour s’adresser aux jeunes filles qui seront sur le marché du travail demain. Quand on parle des inégalités de salaires, parce qu’il y en a à Monaco, il faut aussi s’attaquer à la base du sujet : le fait que quelques femmes ne vont pas dans certaines filières ce qui, derrière, va creuser des écarts, surtout quand ces filières sont les plus rémunératrices. Cette session est une très belle initiative, et il y en a plein d’autres, comme cette œuvre collective réalisée sur le thème du sport. »

L’événement a rassemblé une soixantaine d’élèves en une après-midi. Les organisatrices se projettent déjà sur une troisième session l’an prochain, ce que Céline Cottalorda encourage vivement. « Il n’y a pas d’interdit dans le choix des carrières. Ces jeunes filles peuvent vraiment se donner toutes les chances d’y arriver. A Monaco, nous avons un système d’enseignement performant et des conditions de vie qui leur permettent de faire des études. Je les incite au maximum à travailler, parce que le travail c’est l’indépendance et l’indépendance permet de se prémunir contre les aléas de la vie, comme les violences conjugales. Rester indépendante, c’est la base de tout, donc il faut travailler et porter sa voix », conclut-elle.

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