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Portrait

Manfredi Lefebvre d’Ovidio, l’ultra-luxe sur toutes les mers du monde

Manfredi Lefebvre d'Ovidio
Manfredi Lefebvre d'Ovidio © Heritage Group Monaco

L’homme d’affaires d’origine italienne a dédié sa vie et sa carrière au secteur du tourisme haut-de-gamme, qu’à la tête de plusieurs des compagnies les plus exclusives au monde il a contribué à transformer en profondeur.

Résident monégasque depuis plus de deux décennies, Manfredi Lefebvre d’Ovidio participe également au rayonnement de la Principauté par-delà les frontières, que ce soit en accédant à la présidence du Syndicat mondial du tourisme ou en embarquant sur ses navires des casinos de la SBM. Portrait d’un infatigable voyageur.

« Rien ne devrait vous empêcher d’apprécier la beauté authentique du monde » – et peu de destinations sur la planète peuvent, comme Rome, se targuer d’honorer une telle promesse. Ce n’est donc pas un hasard si la capitale italienne accueillait, du 28 au 30 septembre dernier, le 25e sommet du World Travel & Tourism Council (WTTC) afin d’introniser l’auteur de cet aphorisme en tant que nouveau président de l’organisation : Manfredi Lefebvre d’Ovidio. L’aboutissement, pour le président du groupe Heritage et coprésident d’Abercrombie & Kent, d’une vie entièrement dédiée à la promotion du tourisme, de la croisière et des loisirs en tout genre – version luxe, pour ne pas dire ultra-luxe.

Saluant la « force puissante » que représente Manfredi Lefebvre d’Ovidio à la tête d’un secteur touristique qui pèse 10% du PIB mondial et génère 320 millions d’emplois de par le monde, la directrice du WTTC a estimé que l’homme d’affaires allait mener l’organisation vers des « succès sans précédent ». Il est vrai que le résident monégasque s’y connaît en succès, lui qui a su transformer le groupe familial Silversea Cruises en leader mondial du luxe maritime. La nomination de Manfredi Lefebvre d’Ovidio intervient par ailleurs à un moment charnière de l’histoire de l’industrie touristique mondiale, tout en renforçant la place de Monaco dans ce secteur ô combien stratégique.

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Manfredi Lefebvre d’Ovidio au World Travel & Tourism Council en septembre 2025 © WTTC

Un destin familial intimement lié aux océans

Pour le milliardaire italien, l’accès à la présidence du WTTC fait donc figure d’ultime consécration. Né à Rome le 30 avril 1953, Manfredi est le fils d’Antonio Lefebvre d’Ovidio, juriste italien spécialiste du droit maritime, et d’Eugenia Beck, issue d’une famille allemande. Très jeune, le gamin se passionne pour la navigation : il a 6 ans seulement quand il monte pour la première fois sur un navire, et 14 quand il effectue, de Los Angeles aux côtes mexicaines, sa première croisière. « J’ai toujours été attiré par le secteur maritime et le tourisme, je crois que c’est dans mes gènes », confiait en 2019 l’intéressé à la rédaction de Business Jet Traveler (BJT) : « ma famille investit dans les navires depuis 1840. Mon père faisait partie (des) rédacteurs de la loi maritime italienne, toujours en vigueur » de nos jours, rappelait-il aussi non sans fierté.

Profondément enraciné dans sa famille, le virus des océans ne quittera plus Manfredi : après avoir abandonné ses études de droit, le jeune homme rejoint l’entreprise familiale où, sous la tutelle de son père, il supervise les opérations maritimes et projets de croisières. C’est en 1994 que les Lefebvre d’Ovidio père et fils fondent Silversea Cruises. Comme il le relatait dans les colonnes de BJT, Manfredi se souvient que son père « souhaitait créer une compagnie de croisières ultra-luxueuses à vocation internationale, offrant une expérience sur-mesure à bord de navires exclusivement composés de suites, avec une formule tout compris. Une fois à bord, la quasi-totalité des prestations est offerte ».

Initialement dotée de deux navires seulement – le Silver Cloud et le Silver Wind, qui seront plus tard rejoints par le Silver Whisper et le Silver Shadow –, Silversea s’impose au fil des années comme une référence absolue en matière de croisières haut-de-gamme. En 2001, dix ans avant le décès de son père Antonio, Manfredi Lefebvre d’Ovidio prend la direction – et l’intégralité du capital – de Silversea. Une montée en puissance au sein de l’entreprise familiale qui laissera des traces puisque vingt ans plus tard, le frère de Manfredi, Francesco, continuait de contester en justice – et en vain – le montage lui ayant accordé la propriété effective de la holding familiale.

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Pas de quoi détourner notre loup de mer de son cap. A la tête de Silversea Cruises, Manfredi Lefebvre d’Ovidio développe la flotte et le réseau géographique de la compagnie. En 2017, la flotte de Silversea compte ainsi neuf bateaux, qui desservent 850 ports sur les sept continents – y compris certains des endroits les plus reculés au monde. Affinée et éprouvée au fil des années, la vision de Manfredi fait de sa compagnie l’une des plus reconnues dans son segment de marché, collectionnant les prix décernés par les magazines spécialisés Condé Nast Traveler ou Travel + Leisure.

Une diversification audacieuse mais controversée

2018 marque un tournant dans la carrière de l’homme d’affaires. Cette année-là, Manfredi vend les deux tiers de ses parts dans Silversea Cruises au groupe Royal Caribbean. Le montant de l’opération, en numéraire et en actions (Lefebvre d’Ovidio acquiert 2,5% de Royal Caribbean), surpasse le milliard de dollars. L’entrepreneur fait, instantanément, son entrée dans le prestigieux classement des milliardaires établi par le magazine Forbes – où il occupe, aujourd’hui, le 1 841e rang, avec une fortune personnelle estimée à 2,1 milliards de dollars. Le prélude à une retraite dorée et bien méritée ? Loin de là…

A la question de BJT « pourquoi avez-vous décidé de vendre la majorité des parts ? » de Silversea, Manfredi répond : « pour construire des navires et croître plus vite (…). Notre succès nous a menés à construire frénétiquement de nouveaux navires, ce qui coûte très cher. (…) Il est difficile d’être aussi performant seul qu’au sein d’un partenariat ». Aussi philosophe que fin stratège, Lefebvre estimait dans le même entretien que « Silversea doit se préparer à l’avenir, car je ne suis pas éternel » ; avant de préciser qu’il n’avait aucune « intention de prendre (sa) retraite et de jouer au golf ». Dont acte.

Dans son livre, « Sailing Through History: A Family Dynasty » (Naviguer à travers l’histoire : une dynastie familiale), M. Lefebvre raconte l’histoire remarquable d’une famille qui a révolutionné le monde des croisières de luxe © Silversea
© Silversea

Présidant désormais aux destinées du groupe familial Heritage Group, Manfredi Lefebvre d’Ovidio est loin d’avoir remisé son ambition en fond de cale. A la tête de sa holding, le milliardaire multiplie les investissements dans le tourisme, les nouvelles technologies, les énergies renouvelables, l’immobilier ou même les biotechnologies. Une diversification aussi audacieuse que, parfois, controversée : en 2024, un article publié sur le site Glitz relevait que Manfredi « change de cap vers le tourisme ultra-luxe avec le soutien de l’Arabie saoudite ». Un rapprochement qui n’est pas sans susciter son lot d’interrogations, notamment sur la dépendance à des capitaux en provenance du Golfe ou sur les équilibres de gouvernance.

Les polémiques, Manfredi connaît – comme un célèbre Gaulois, il est tombé dedans quand il était petit. En effet son père, Antonio, avait lui-même été impliqué dans plusieurs affaires et fut, en 1979, condamné pour corruption dans le scandale Lockheed. Manfredi, lui, n’y est bien entendu pour rien, mais cet embarrassant héritage judiciaire est, hélas, régulièrement rappelé dans les biographies consacrées à sa vie. Sur un autre plan, strictement économique celui-là, Lefebvre d’Ovidio navigue, dans le secteur des croisières, dans des eaux par nature mouvantes : qu’elles soient liées à des évènements financiers (comme la crise de 2008) ou aux pandémies comme celle du Covid, les tempêtes ne sont jamais loin. Enfin, le repositionnement sur l’ultra-luxe fait courir le risque de s’aliéner sa clientèle historique.

Ce virage stratégique semble néanmoins pleinement assumé par l’intéressé. Moins d’un an après avoir quitté Silversea, Manfredi Lefebvre d’Ovidio a en effet acquis, pour un montant non divulgué, 85% de la société américaine de voyages de luxe Abercrombie & Kent (A&K), dont il est désormais président exécutif. Et, en 2022, A&K a racheté Crystal Cruises et ses deux navires de croisière ; ainsi que Cox and King, le plus ancien voyagiste au monde ; et Ecoventura, un groupe qui exploite sa propre flotte au large des îles Galapagos. Toujours pas de retraite en vue donc pour cet infatigable bourreau de travail, qui affirmait en 2019 à BJT avoir « adoré chaque jour de travail de (sa) vie » et « ressentir toujours un intense sentiment d’aventure dès (qu’il) monte à bord d’un navire ».

Crystal Symphony
Le Crystal Symphony © DR

Un résident monégasque impliqué dans la vie maritime de la Principauté

Est-ce alors une surprise que notre marin dans l’âme ait choisi la Principauté, bordée par la Méditerranée, comme ultime port d’attache ? Selon ses propres déclarations, Manfredi vit en effet à Monaco depuis 25 ans désormais, où se trouve le siège de Silversea. Très impliqué dans la vie locale, l’homme d’affaires y occupe plusieurs fonctions institutionnelles. Il est ainsi vice-président de la Chambre monégasque de navigation, vice-président du comité exécutif de l’Alliance Hydrogène Monaco, consul honoraire de l’Équateur en Principauté, membre du Monte-Carlo Country Club, vice-président de la Chambre de la marine marchande monégasque et, évidemment, membre du Yacht Club de Monaco. Preuve de son implication dans la vie et la société monégasques, Manfredi a également été fait chevalier de l’Ordre de Saint-Charles et de celui des Grimaldi.

Cette implication active dans la vie monégasque se traduit également… sur l’eau. En 2024, la Société des Bains de Mer (SBM) a ainsi inauguré son tout premier casino « hors les murs », dans les entrailles du Crystal Symphony, l’un des vaisseaux de la flotte Crystal Cruises de Manfredi Lefebvre d’Ovidio. « Un acte symboliquement fort », confiait alors Stéphane Valeri, président délégué de la SBM, qui « atteste de notre volonté d’ouverture vers de nouveaux marchés ». Un deuxième casino opéré par la SBM devait ouvrir à bord du Crystal Serenity fin 2024 et, à terme, tous les navires de la flotte de Manfredi Lefebvre devraient offrir à leur riche clientèle un parfum de ce frisson monégasque à nul autre pareil. Après tout, assure l’intéressé « nous ne proposons pas juste du luxe ; nous proposons l’exception ».

Le premier Casino de Monte-Carlo en mer a été inauguré
Le premier Casino de Monte-Carlo en mer a été inauguré le jeudi 14 novembre 2024 en présence de Manfredi Lefebvre (deuxième à gauche) © Monte-Carlo / Société des Bains de Mer

Un éternel émerveillé

Collectionneur d’art passionné, fin mélomane et lecteur assidu qui dévore toujours plusieurs livres en même temps, Manfredi a donc fait, comme bien d’autres hommes d’affaires globaux, de Monaco une plateforme d’où il gère son business tout en parcourant inlassablement la planète à la recherche de nouveaux deals, de nouvelles destinations. « L’argent », confie-t-il au podcast The Business Method, n’est pas une fin en soi mais « un instrument de la liberté ». Une liberté qu’il transmettra à son unique enfant et héritière, sa fille Costanza, qui chapeaute aujourd’hui la communication et les affaires internationales de l’Heritage Group ?

« Difficile à dire avec une jeune fille de 19 ans », balayait-il il y a six ans de cela auprès de BJT : « ma (propre) décision était facile car j’aimais l’idée de perpétuer l’œuvre de mon père. On verra ce que ma fille voudra faire ». Nul doute, en revanche, qu’il lui transmettra son amour des voyages et de la découverte. Et Manfredi de reconnaître qu’il est, à 72 ans révolus, « toujours émerveillé par la beauté infinie de la planète, sa diversité et la profusion de vie qui peuple chaque environnement. Voyager permet de découvrir ces merveilles et de s’enrichir personnellement ».