Ancien physicien, banquier et sénateur en Russie, Vitaly Malkin est installé à Monaco depuis près de huit ans. Tourné vers la philanthropie depuis quelques années, l’homme d’affaires de 68 ans, également écrivain, défend la méritocratie et la liberté d’expression. Portrait d’un philosophe des temps modernes, engagé dans la transition énergétique, l’un des combats les plus urgents de notre époque.

« Je n’ai pas réussi à lever l’ancre », sourit-il, dans un français teinté de cyrillique, au moment de se retourner, pour contempler la mer, sa houle légère, scintillante au contact des rayons du soleil. Sur les pentes raides du sinueux chemin de Nietzsche, qui inspira le philosophe et poète du nom à la fin du 19e siècle, Vitaly Malkin s’est confié à cœur ouvert, durant la grosse heure de montée vers le sommet du village d’Èze, au départ de la mer.

Alors au moment d’évoquer Monaco et cette région, dont il est tombé littéralement amoureux lors d’un premier voyage en 2013, l’ancien sénateur de Russie dirige son regard vers le ciel, comme pour montrer par l’évidence, pourquoi il a pris la décision de s’installer sur la Côte d’Azur avec sa famille.

Tourné vers la transition énergétique  

« Je n’avais pas prévu de rester ici au début, mais les enfants ont commencé à aller à la crèche… » Ce qui devait être initialement un séjour de quelques semaines se transforme en mois, puis en années. Père de six enfants, celui qui est né à Pervoouralsk, dans l’Oural, s’est laissé attendrir par le Rocher, après sa démission de son poste de sénateur.

Aujourd’hui résident monégasque, ce grand passionné d’échecs a été particulièrement séduit par la vision de la transition énergétique de la Principauté et les actions menées par le Gouvernement et la Fondation du Prince Albert II. Cette vision a beaucoup influencé ses propres idées dans cette question majeure… En 2020, Vitaly Malkin a ainsi financé un séminaire scientifique annuel de l’Université européenne de Saint-Pétersbourg qui a réuni les meilleurs chercheurs dans la climatologie et la transition énergétique. Et, pour faire encore mieux connaître la stratégie monégasque de transition énergétique, Vitaly s’est étroitement associé à la revue spécialisée Transitions et Énergies.

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« Des abominations qui doivent rapidement cesser » à propos des mutilations génitales féminines

Homme de convictions, Vitaly Malkin est également engagé de longue date dans la lutte contre l’excision et l’infibulation en Éthiopie. « Des abominations, qui doivent rapidement cesser. » À travers sa fondation Espoir, lancée en 2014 au Luxembourg et en partenariat avec l’UNICEF, celui qui a découvert ce fléau en 2008 lors d’un voyage en Égypte entend mettre un terme à cette pratique qui touche près de 200 millions de femmes dans le monde.

Le combat ne fait que commencer

« Quand la pandémie de Covid sera terminée, le plus tôt possible je l’espère, nous pourrons continuer ce combat », affirme-t-il, alors que ce programme de cinq ans aux côtés de l’UNICEF vient de prendre fin. « Nous développons un nouveau projet de lutte contre les mutilations génitales féminines directement avec les acteurs associatifs locaux. » Depuis sa création, la Fondation a procuré des soins médicaux à plus de 300 000 femmes dans les régions éthiopiennes d’Afar et de Somali. « Et le combat ne fait que commencer. »  

« Nous ne pouvons pas aider tout le monde, mais passer à côté d’un génie n’est pas bon pour l’humanité »

Vitaly Malkin mène de front un autre projet, celui de l’initiative méritocratique. Une profonde conviction qui consiste à financer les projets, les formations, ou encore les bourses des enfants talentueux dans différents domaines et venant des milieux défavorisés.

« Nous voulons dénicher des jeunes, talentueux, doués depuis la naissance, afin de les aider à se construire. Nous ne pouvons pas aider tout le monde, mais passer à côté d’un génie n’est pas bon pour l’humanité, estime-t-il. Je ne crois pas aux peuples, mais aux individus, à l’image d’Elon Musk, qui a changé l’humanité, avec ses nombreux projets, comme Mars, les voitures électriques ou encore ses investissements dans la cryptomonnaie. » 

Des projets pour Monaco

À quelques encablures du sommet du sentier de Nietzsche, alors que les cuisses commencent à chauffer, que le souffle n’est plus aussi régulier que quelques mètres plus bas et que le vieux village d’Èze commence à faire son apparition en toile de fond, Vitaly Malkin sort son téléphone pour laisser admirer le talent de sa jeune protégée Chloé, majestueuse et pleine de grâce. « J’ai trouvé une petite fille de onze ans, qui pratique la gymnastique rythmique, raconte-t-il, non sans émotions, en admirant les mouvements de la jeune française, née d’un père réunionnais et d’une mère russe installée sur la Côte d’Azur. Elle est maintenant à Moscou, dans une école reconnue pour son savoir-faire dans ce domaine, parmi les meilleures du monde. Elle s’entraîne là-bas, aux côtés des meilleures professeurs, pour je l’espère, devenir un jour championne du monde. »

De Russie justement, mais aussi depuis le Nigéria, Vitaly Malkin espère rapidement faire venir des ballets danseuses pour les présenter à Monaco. « Nous espérons organiser ce spectacle dès que la situation sanitaire nous le permet », confie-t-il. En attendant, le libre penseur affine sa plume, tout en lisant la presse française et internationale tous les matins, autour d’un thé.

Vitaly Malkin © Corine Bribos

« Avons-nous besoin des autres ou sommes-nous plus heureux seuls ? »

« J’ai la chance d’être entouré d’une grande équipe composée notamment de six philosophes agrégés, se félicite celui qui compte bien publier au moins 6 essais sur des sujets allant d’égalité au féminisme et la cancel culture d’ici la fin de l’année. Pour paraître crédible dans un sujet et pour pouvoir en parler, il faut d’abord l’étudier en profondeur. Pour écrire mes livres, je me base sur des dossiers de centaines de pages, avec plus de 3000 sources. »

Les thèmes ? « Il y en a plusieurs, énonce-t-il dans un sourire. La monogamie, l’égalité, la liberté d’expression, la vie familiale, la méritocratie, mais aussi la solitude. Pendant la quarantaine, je me suis beaucoup penché sur cette question. Nous avons appris à vivre avec cette solitude. Avons-nous besoin des autres ou sommes-nous plus heureux seuls ? C’est la question que je me pose. » Réponse dans quelques mois.

Découvrez les œuvres de Vitaly Malkin sur son blog personnel.

Portrait par Romain Boisaubert en partenariat avec Belleville Management