Lisa Caussin-Battaglia offre à Monaco un premier podium féminin historique en jet-ski runabout
Victorieuse en runabout 1100 féminin lors de la World Cup Mohammed VI à Agadir, qui s’est déroulée du 2 au 8 février, la pilote monégasque de jet-ski signe une performance inédite.
Lisa Caussin-Battaglia n’avait jamais piloté un jet-ski assis en compétition. Habituée au jet à bras, ces machines que l’on conduit debout, à plus de 120 km/h, la Monégasque s’est retrouvée aux commandes d’un runabout 1100 presque par hasard, son engin habituel étant en panne. Debout par habitude sur le jet, au milieu des candidats assis, elle a affronté les vagues et le résultat a dépassé toutes ses attentes : une médaille d’or en catégorie féminine, une deuxième place en catégorie mixte et une septième place en endurance — première féminine sur dix-huit pilotes engagés.
La compétition, organisée à Agadir sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI et affiliée à l’International Jet Ski Boating Association (IJSBA) du 2 au 8 février, réunissait un plateau international relevé. « Je termine devant une pilote qui a été vice-championne du monde et championne d’Europe. Quand j’ai pris le départ, je me disais qu’elle serait forcément devant moi. En fait, je ne l’ai jamais vue », raconte-t-elle avec un sourire encore incrédule. Jamais un pilote monégasque n’avait décroché de podium en runabout sur circuit fermé.



« Le sport, c’est 90 % de mental »
Derrière l’exploit sportif et physique se dessine un parcours semé d’épreuves. Lisa Caussin-Battaglia ne cache pas avoir traversé une longue période de dépression, alimentée par une pression des résultats qu’elle juge destructrice. « Pendant trois ans, anxiolytiques et crises d’angoisse ont accompagné mon quotidien de sportive », raconte-t-elle. Pour retrouver le chemin de la compétition, la pilote a dû se recentrer et trouver le moyen de gérer son stress quotidien pour vivre pleinement sa passion sportive. « C’est la première compétition en trois ans dans laquelle je me suis rendue avec un sentiment de liberté. Peu importait le résultat, il s’agissait de reprendre du plaisir », explique celle qui se confiait déjà en 2023 à notre micro sur ses difficultés. Le mot qu’elle cherche finit par s’imposer : « décomplexée ».
Un témoignage que ne surprendra pas ceux qui suivent le mouvement de libération de la parole qui a gagné le sport mondial ces dernières années. En 2021, la gymnaste Simone Biles avait marqué les esprits en se retirant de plusieurs épreuves aux Jeux de Tokyo pour préserver sa santé mentale. La tenniswoman Naomi Osaka avait fait de même en quittant Roland-Garros, révélant souffrir de dépression. En France, le mouvement sportif de haut-niveau a même franchi un cap en octobre 2025 en lançant un plan d’actions pluriannuel pour la santé mentale des athlètes, après un constat alarmant du Comité national olympique et sportif français (CNOSF) : si 95 % des sportifs jugent l’accompagnement psychologique indispensable, seuls 37 % en bénéficient.
Les réalités d’un sport non olympique
Au-delà du mental, la motomarine de compétition impose des contraintes financières considérables. Les machines de catégorie féminine – alignées sur la plus haute catégorie masculine – atteignent désormais 40 000 à 50 000 euros, contre 6 000 à 10 000 euros à ses débuts en 2012. « J’ai beau m’entraîner physiquement, si je n’ai pas une machine suffisamment performante, je ne peux pas gagner », résume la pilote.

Lisa Caussin-Battaglia assure elle-même l’intégralité de la mécanique de son jet-ski, passant des week-ends entiers dans son garage. « De l’entretien jusqu’à la découpe des stickers… la préparation dure des jours. C’est du temps invisible que personne n’imagine le jour de la course », souligne-t-elle. Un sponsoring privé, décroché l’an dernier, lui permet aujourd’hui de continuer à concourir.
Ouvrir la voie et transmettre
La Monégasque entend aujourd’hui faire de cette victoire un levier pour la visibilité du jet-ski et du sport féminin. « En tant que femme, on peut tout à fait se confronter dans des catégories à majorité masculine. Le jet-ski reste un sport mécanique plus abordable que la voiture ou la moto », plaide-t-elle tout en commentant régulièrement sur TV Monaco un autre sport mécanique mixte comme l’E1. Elle intervient désormais dans des conférences sur le sport féminin et prépare, avec l’association Monaco Team Powersports, des sessions découverte destinées aux jeunes et aux jeunes femmes en particulier.
En marge de la compétition, un jumelage a été officialisé entre le club de jet-ski d’Agadir et Monaco Team Powersports, en présence du président de l’association, Michel Torre. L’objectif : organiser des échanges internationaux pour la nouvelle génération de pilotes.
Lisa Caussin-Battaglia, elle, ne compte pas s’arrêter là. Direction l’Australie dans les prochaines semaines, pour une nouvelle étape internationale. Avec, cette fois, la certitude que la combativité est toujours intacte.











