Qui était Louise-Hippolyte Grimaldi, l’unique femme à avoir régné sur Monaco ?
Fille aînée du Prince Antoine Ier, Louise-Hippolyte Grimaldi a régné sur Monaco entre avril et décembre 1731. Épouse délaissée et mère de neuf enfants, elle a tenté d’exercer seule le pouvoir dans une Principauté qui n’avait jamais connu de femme à sa tête.
Née le 10 novembre 1697, Louise-Hippolyte est la fille aînée d’Antoine Ier de Monaco et de Marie de Lorraine. En l’absence de fils légitime, son père n’a qu’un fils naturel, elle devient l’héritière du trône monégasque. Une position exceptionnelle, rendue possible par le testament de Jean Ier Grimaldi de 1454, qui autorise, à la différence de la loi salique française, la transmission de la souveraineté par les femmes, à condition que l’époux soit un Grimaldi ou accepte d’en porter le nom.
Selon l’ouvrage Portrait de femmes de la Côte d’Azur de Suzanne Cervera, Ralph Schor et Véronique Thuin, la Famille Princière est décrite comme unie et affectueuse. La future souveraine y est surnommée « Coco » par ses proches, tandis que sa sœur cadette, la favorite de leur père, est appelée « Poupou ». Derrière cette tendresse familiale se cache pourtant une réalité dynastique pesante. Dès son plus jeune âge, Louise-Hippolyte sait que son mariage sera avant tout une affaire d’État, destinée à assurer la continuité de la lignée Grimaldi et à renflouer des finances princières fragilisées par les dépenses militaires et la forte dépendance à la France.

Le 20 octobre 1715, à seulement 17 ans, Louise-Hippolyte épouse Jacques IV de Goyon-Matignon, comte de Torigni, issu d’une riche famille bretonne et normande. Le contrat de mariage est signé à Versailles dans le cabinet du roi, en présence du jeune Louis XV, l’un des premiers actes officiels du nouveau règne, signé alors que la cour était encore en deuil de Louis XIV. En échange du titre convoité de duc de Valentinois, Jacques adopte le nom de Grimaldi et s’engage à gouverner conjointement avec son épouse.

Le couple aura neuf enfants, dont six survivent à l’enfance, parmi lesquels le futur Honoré III, né en 1720. La famille vit principalement à Paris, à l’hôtel de Matignon, que Louise-Hippolyte décore avec soin, ainsi qu’au château de Torigni, en Normandie. Mais la vie conjugale est profondément marquée par l’absence du duc, qui préfère la cour de Versailles et les chasses normandes aux rocailles monégasques.
Louise-Hippolyte, souvent seule sur le Rocher, lui adresse des lettres empreintes d’un amour sincère et douloureux, conservées aux archives du Palais Princier. Elle lui écrit notamment : « Je ne cesserai de vous aimer aussi tendrement que je l’ai fait depuis quinze ans », apprend-t-on dans l’ouvrage Portrait de femmes de la Côte d’Azur. Des lettres auxquelles Jacques de Goyon-Matignon répond par l’absence et l’indifférence.
La première Princesse à tenir les rênes de la Principauté

Musée des beaux-arts de Saint-Lô © Archives de la Manche, A. Poirier
À la mort d’Antoine Ier, le 20 février 1731, Louise-Hippolyte monte sur le trône. Elle rejoint Monaco dès le mois d’avril et reçoit seule les serments de fidélité de ses sujets, à Monaco, Roquebrune et Menton. Si elle affiche publiquement la volonté d’un règne partagé, c’est elle qui, dans les faits, exerce l’autorité. Son sceau de souveraine ne porte que son prénom, Louise, même s’il accole symboliquement deux blasons, signe d’une alliance qu’elle espère réelle.
Aimée de son peuple, elle promulgue cinq édits en onze mois dont l’interdiction du port d’armes, la lutte contre les libelles et les chansons diffamatoires, la réglementation du déversement des déblais, l’entretien des routes et l’organisation de la boucherie. Des mesures concrètes et pragmatiques qui témoignent d’un vrai projet de gouvernance, soucieux du quotidien des Monégasques.
Elle résiste également aux tentatives de l’administration de lui imposer un rôle secondaire derrière son mari, refusant que son prénom soit relégué après celui de Jacques dans les prières publiques. Une bataille symbolique, mais révélatrice de la volonté d’une femme qui entend régner à part entière. Pourtant, son époux, mal accepté par un peuple qui ne reconnaît que l’autorité d’une Grimaldi de sang, repart bientôt pour Paris. Il lui fait alors parvenir l’annonce qu’il cessera toute correspondance avec elle. Elle lui répond une dernière fois, avec une dignité déchirante, en lui réitérant son attachement et sa tendresse. Il ne la reverra jamais.
Le Rocher perd sa « bonne princesse »
Affaiblie par des années de grossesses souvent difficiles et une solitude conjugale pesante, la Princesse Louise-Hippolyte Grimaldi contracte la variole lors d’une épidémie qui frappe la Principauté à la fin de l’année 1731, une maladie qu’elle craignait tant pour ses enfants. Elle s’éteint le 29 décembre 1731, à seulement 34 ans, après quelques mois de règne. Les Monégasques pleurent celle qu’ils surnommaient la «bonne Princesse Louise ». Elle est inhumée en la cathédrale Saint-Nicolas de Monaco, lieu de sépulture traditionnel de la dynastie Grimaldi.
Son époux lui succède sous le nom de Jacques Ier, mais ne sera jamais accepté par un peuple qui lui reproche d’avoir délaissé à la fois la Principauté et son épouse. Il abdique dès 1733 en faveur de leur fils Honoré III, alors âgé de treize ans seulement, avant de quitter Monaco pour Paris, où il s’éteindra en 1751, loin du Rocher.
Louise-Hippolyte Grimaldi, elle, n’est pas oubliée. Le Prince Albert II lui a rendu hommage en septembre 2021 en inaugurant, aux côtés de la Princesse Caroline, la promenade Princesse Louise-Hippolyte au Larvotto. Une reconnaissance pour une femme qui, en quelques mois à peine, avait su montrer qu’une souveraine pouvait gouverner seule avec fermeté et dignité.











