Directeur du meeting Herculis, qui se déroulera cette année vendredi 14 août, Jean-Pierre Schoebel a pris le temps de se confier pour Monaco Tribune sur cette édition 2020 particulière, dans un stade Louis II qui ne pourra contenir que 5000 spectateurs.

Seul évènement sportif planétaire maintenu cette année à Monaco après les annulations du Rolex Monte-Carlo Masters et du Grand Prix de Formule 1, le meeting Herculis pourra compter un plateau séduisant, avec quelques grands noms de l’athlétisme mondial présent pour l’occasion.

Jean-Pierre, on imagine que c’est un immense bonheur pour vous que le meeting Herculis puisse se tenir presque « normalement » cette année…

Quand le meeting se sera déroulé normalement, on dira que c’est un immense plaisir. Pour l’instant, on préfère se dire que c’est une immense chance (sourire). Nous sommes contents de la décision prise par le comité directeur de la fédération, entérinée par le président de la fédération, le Prince Souverain Albert II, qui a donné son accord pour l’organisation du meeting, ainsi que le gouvernement, qui nous a toujours soutenu.

Jean-Pierre Schoebel, directeur du meeting Herculis de Monaco.

Dans quelles conditions se déroulera la compétition ?

Nous serons limités à 5000 spectateurs dans un stade qui accueille habituellement 16 000 personnes. Un rang sur deux ne sera pas utilisé. Nous avons compartimenté le stade pour faire cinq entrées différentes pour que les gens puissent entrer dans l’enceinte dans de bonnes conditions.

Nous ferons tout pour respecter les gestes barrières

Vous attendez-vous à faire le plein dans la limite des places autorisées ?

À ce jour, il reste encore des places à vendre. Nous avons dû dans un premier temps rembourser certaines places qui avaient été achetées, avant de connaître la décision finale sur la tenue ou non du meeting. Les gens sont encore un peu frileux pour se regrouper et je comprends cette réticence. Mais nous ferons tout pour respecter les gestes barrières, avec le port du masque obligatoire, du gel hydroalcoolique à disposition des spectateurs et les buvettes, qui resteront fermées.

Le programme du meeting a-t-il été bouleversé par la crise ?

Rien n’a changé au programme que l’on avait choisi. À partir du moment où nous avons su qu’il n’y avait plus de Diamond League cette saison, nous avons pu choisir les épreuves que nous voulions. Par sécurité, nous avons choisi des épreuves où nous pouvions accueillir des athlètes européens. Nous avons ensuite complété ce plateau avec des athlètes hors de l’union européenne et de l’espace Schengen, car ce n’est pas simple de les faire voyager en ce moment. Ils veulent courir, mais il est compliqué aujourd’hui de trouver des disponibilités pour décoller, trouver des correspondances et arriver sur le territoire français via l’aéroport de Nice.  

Quelles seront les têtes d’affiches présentes sur cette édition 2020 du meeting Herculis ?

Pour moi, la première tête d’affiche, c’est Armand Duplantis, qui a quand même battu le record du monde du saut à la perche (avec un saut à 6,18 m) cette année. C’est l’homme en forme du moment. À ses côtés, il y aura également l’Américain Sam Kendricks et le Polonais Piotr Lisek, même si l’on regrette l’absence de Renaud Lavillenie. Son frère, Valentin, sera lui présent. Il y aura un beau plateau à la perche, où nous attendons au moins dix perchistes. Nous sommes également honorés d’accueillir pour la première fois à Monaco le Norvégien Karsten Warholm sur 400 m haies, un athlète au talent immense avec une aura extraordinaire. Nous n’avions pas prévu de mettre cette épreuve au programme, mais quand il nous a appelé pour nous signifier qu’il voulait venir courir ici, peu importe les conditions, nous n’avons pas hésité à programmer l’épreuve pour lui. Côté français, Pascal Martinot-Lagarde et Wilhem Belocian seront opposés au champion olympique Orlando Ortega pour un affrontement qui sera très intéressant à suivre. Nous surveillerons aussi de près Jimmy Gressier sur le 5000 mètres et Liv Westphal, qui avait battu le record du 5 kilomètres chez nous. Les deux 5000 mètres, masculins et féminins, seront d’un très haut niveau. Nous attendons également la confirmation de la venue de Christophe Lemaitre sur 200 mètres.

Nous avons connu une perte de budget énorme

Quel regard portez-vous actuellement sur l’athlétisme mondial et notamment la Diamond League ?

Je regrette terriblement qu’aussi peu de meetings de la Diamond League n’aient pu se dérouler. D’habitude, notre meeting se déroule en juillet après plusieurs compétitions, mais cette année, nous sommes le premier meeting de la saison. Après Monaco, il y aura Stockholm, Rome. Je trouve cela dommage que ce circuit de première division de très haut niveau connaisse autant de difficultés, qui ont aussi été les nôtres. Nous avons connu une perte de budget énorme.

D’autres évènements monégasques majeurs comme le Rolex Monte-Carlo Masters ou le Grand Prix de Formule 1 ont été annulés. Comment le meeting Herculis a réussi à survivre ?  

C’est avant tout un challenge que nous avons voulu relever en essayant de ne pas abandonner. Le risque minimum aurait été d’annuler simplement le meeting cette année. Mais nous avons voulu faire au moins un évènement sur Monaco, que l’athlétisme existe encore en 2020, sur l’un des rares lieux où l’on verra un meeting de cette densité cette année. L’avantage, dans cette situation compliquée, c’est que comme il n’y aucun évènement de haute importance, à savoir championnat d’Europe, du monde ou Jeux Olympiques, les athlètes se disent « pourquoi pas tenter quelque chose ? » Sur le 5000 mètres, un record pourrait tomber.