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Portrait

Johanna Houdrouge : « On peut tout assumer, vie privée et vie professionnelle, c’est une question d’organisation»

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Johanna Houdrouge - © Alain Duprat

Simultanément Vice-Présidente de Mercure International, Présidente de l’Association Monégasque des Femmes Chefs d’Entreprises et maman de bientôt trois enfants, Johanna Houdrouge veut encourager toutes les femmes à entreprendre.

« Avec bientôt trois fils à la maison et un père et un frère aux commandes de l’entreprise à mes côtés, je suis née pour vivre la complémentarité homme-femme au quotidien ! » Voici comment se décrit, dans un rire, Johanna Houdrouge, Vice-Présidente de Mercure International. Une société basée à Monaco depuis 1986, spécialisée dans la création, l’exploitation et l’opération de centres commerciaux en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.

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Avocate de formation, Johanna Houdrouge n’avait pourtant pas – initialement – envisagé de rejoindre l’entreprise familiale : « j’ai étudié le droit à Paris, et j’ai exercé la profession pendant une dizaine d’années. (…) J’ai toujours rêvé d’être avocate et de porter la robe. J’ai réalisé ce rêve : j’ai plaidé. Ce que j’aime, c’est défendre. Puis, par la force des choses, comme il existait cette entreprise familiale, il était important pour moi de m’y impliquer. Ne pouvant faire les deux en même temps, j’ai donc décidé d’abandonner la robe – non sans regrets – pour me consacrer à la gestion juridique de l’entreprise. »

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Avocate de formation, Johanna Houdrouge a prêté serment en 2008 – DR

Une femme de terrain

Aujourd’hui spécialisée en droit des affaires africain, et elle-même originaire du Sénégal, elle s’occupe de tout le volet juridique de l’entreprise et travaille aux côtés de grandes enseignes, telles que Super U, Casino, L’Occitane en Provence, Hugo Boss, Nespresso, ou encore la FNAC. « Le but est d’offrir au continent africain des centres commerciaux avec des enseignes internationales à taille humaine. Nous sommes d’ailleurs particulièrement fiers d’avoir obtenu la franchise FNAC, parce que c’est désormais le premier magasin d’électronique aux normes européennes en Afrique », explique-t-elle.

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Un travail prenant, qui nécessite parfois des déplacements dans les 17 pays où opère Mercure International, dont le Sénégal, mais aussi, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Maroc, la Tunisie, l’Algérie et le Congo Brazzaville.

Johanna Houdrouge se souvient justement d’un séjour au Congo, où Mercure International a créé le premier escalator du pays, le centre commercial étant sur deux étages. « Les clients avaient très peur de prendre l’escalator, c’était une expérience en soi. Ça m’a beaucoup marquée de voir que ce qui nous semble évident en Europe ne l’est pas forcément là-bas », sourit-elle.

Mais l’une de ses plus grandes fiertés reste la création de N’Kids. Une aire de jeux indoor, pour que les parents puissent y déposer leurs enfants en faisant leurs courses, baptisée ainsi en l’honneur de ses deux fils, Nael et Nolan : « Il faut savoir qu’au Congo Brazzaville, il n’y avait pas de toboggan extérieur. Leur curiosité et leur joie m’ont beaucoup émue. »

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De multiples casquettes en Principauté

Tout ce travail de terrain, « c’est un challenge, reconnaît-elle. C’est aussi une expérience très intéressante. Et même si, parfois, ça me manque de ne plus aller dans les prétoires et de ne plus porter la robe pour défendre, je m’épanouis dans l’entreprenariat. »

Plus qu’épanouie, Johanna Houdrouge est très impliquée, non seulement dans l’entreprenariat, mais plus globalement, dans le tissu économique et associatif monégasque. Elle a même reçu, en 2019, lors du Congrès mondial des Femmes chefs d’entreprises de Lima, le Prix de « La femme chef d’entreprise de l’année ».

Même si, parfois, ça me manque de ne plus porter la robe pour défendre, je m’épanouis dans l’entreprenariat

A la fois membre du Comité directeur du Monaco Economic Board (MEB), Présidente du Syndicat Monégasque des Établissements de Négoce International (SNEMI), Vice-présidente de l’association familiale Children of Africa et membre fondateur et Vice-Présidente du CEMA, Johanna Houdrouge est également Présidente de l’Association des Femmes Chefs d’Entreprises de Monaco (AFCEM) depuis 2020.

Élue pour un premier mandat de trois ans, puis réélue pour un deuxième et dernier mandat en 2023, Johanna Houdrouge est, du haut de ses 40 ans, la plus jeune Présidente de l’histoire de l’AFCEM. « J’étais la plus jeune membre, à l’époque où j’ai rejoint l’association, puisque j’avais 25 ans. Quand j’y suis entrée, j’ai rencontré des femmes qui avaient monté leur entreprise et pris des risques. On l’a bien vu avec le Covid, les risques de l’entreprenariat ne sont pas neutres. Ça m’a donné encore plus envie de m’investir », raconte-t-elle.

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La Princesse Charlène était présente pour la réélection de Johanna Houdrouge en tant que Présidente de l’AFCEM le 27 juin dernier – © Alain Duprat
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Promouvoir le management au féminin sans nuire au masculin

Son cheval de bataille ? Mettre en avant le management au féminin, sans pour autant nuire au management au masculin. « L’homme et la femme sont différents d’un point de vue biologique, affirme-t-elle. Il faut justement puiser dans ces différences pour en faire un atout au travail. Je le vis au quotidien : je travaille avec des hommes. Je vois bien les différences entre ces deux managements, qui sont d’ailleurs complémentaires. Je crois que cette complémentarité est bénéfique dans une entreprise, et même pour le monde économique tout entier. C’est pour cela que je prône aussi l’égalité salariale et l’égalité professionnelle entre hommes et femmes. »

A travers son engagement au sein de l’AFCEM, Johanna Houdrouge espère ainsi contribuer à développer davantage l’entreprenariat féminin en Principauté. Un entreprenariat « de plus en plus important » puisque Monaco compte 60 femmes chefs d’entreprises, « ce qui n’est pas rien au regard de la taille de notre pays. »

Il existe un vrai entreprenariat féminin à Monaco et ça me tient à cœur de représenter toutes ces femmes qui opèrent dans des domaines d’activité très différents

« Il existe un vrai entreprenariat féminin à Monaco et ça me tient à cœur de représenter toutes ces femmes qui opèrent dans des domaines d’activité très différents : les assurances, le bâtiment, le transport, la haute couture… Je trouve très important de saluer le travail de ces femmes qui participent à l’économie monégasque », ajoute-t-elle.

C’est donc tout naturellement que l’AFCEM promeut l’entreprenariat féminin depuis deux ans auprès des jeunes générations, en organisant Girl Boss, un speed mentoring dédié aux jeunes filles de la Principauté, en collaboration avec SheCanHeCan, pour le 8 mars : « c’est important pour moi de transmettre ces valeurs aux jeunes filles. Entreprendre, ça donne confiance en soi : il faut apprendre à gérer son entreprise, ses salariés, prendre des risques… »

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Les mères de famille : les femmes les mieux organisées au travail

Autre projet dont Johanna Houdrouge est particulièrement fière : le tout récent partenariat conclu avec Monaco Boost. L’AFCEM s’engage ainsi à accueillir gratuitement un certain nombre de femmes chefs d’entreprises de la pépinière de Monaco pendant un an, pour justement encourager cet entreprenariat monégasque et favoriser la jeunesse.

« Le chiffre de femmes qui entreprennent est en constante augmentation, se réjouit-elle. L’entreprenariat offre une flexibilité qui se combine plus facilement avec la vie de famille, même si ça représente plus de travail. (…) Je défends d’ailleurs le fait qu’on puisse avoir une carrière et des enfants. Ce n’est pas toujours facile, on a souvent l’impression de faire mal les deux, mais ce n’est qu’une impression. Je combattrai jusqu’à mon dernier souffle : on peut être mère et travailler de manière intense. On peut tout assumer, vie privée et vie professionnelle, c’est une question d’organisation. »

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Johanna Houdrouge – © Alain Duprat

Je défends le fait qu’on puisse avoir une carrière et des enfants.

Et au-delà de la possibilité de concilier vie familiale et vie professionnelle, Johanna Houdrouge en est convaincue : les femmes les plus organisées au travail sont justement les mères de famille : « elles ont une résistance au stress impressionnante, une capacité à gérer un emploi du temps, une adaptabilité… Elles sont très opérationnelles. J’aime passer du temps avec mes fils, leur montrer qu’une femme peut travailler et être mère, et leur inculquer des valeurs d’égalité entre hommes et femmes. J’ai un combat à mener puisque je n’ai pas de fille, et je suis convaincue que la parole des femmes doit aussi être portée par les hommes. »

Entre sa carrière au sein de l’entreprise familiale, son engagement pour l’AFCEM, ses différentes activités associatives et, bien sûr, l’éducation de ses garçons, Johanna Houdrouge trouve tout de même le temps de pratiquer beaucoup de sport. Adepte de course à pied et de sports de glisse, elle a même participé, il y a deux ans, au semi-marathon : « le sport apporte autant de confiance en soi que le travail. Le dépassement de soi que l’on peut acquérir au sport nous permet de développer une certaine résistance dans le monde professionnel. Tout peut se faire dans la vie, si on en a la volonté. Il faut persévérer, ne rien abandonner, et ce sont des valeurs que l’on retrouve dans le sport. »

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Entourée d’une nouvelle équipe très impliquée dans les futurs projets de l’AFCEM, qui fêtera ses vingt ans l’an prochain, et qui participera en novembre au congrès annuel du réseau mondial des femmes chefs d’entreprises à Paris, Johanna Houdrouge ne s’imagine pas, pour l’instant, reprendre la robe d’avocat. « On ne peut pas tout faire, conclut-elle. Des projets, j’en ai, et j’en ai besoin, mais résolument au sein de l’entreprise et plus dans une salle d’audience. Maintenant, on ne sait jamais de quoi demain sera fait ! »